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Arctic Row 2026 : Une expédition suisse prévoit une traversée historique de l’Arctique à l’aviron

Marcel Schütz 4 juillet 2026 | Arctique, expéditions, Non classifié(e), Société, Svalbard, Tourisme
Happy Days en navigation dans l’Adventfjorden (Photo : Janic Spinas)

Quatre aventuriers suisses prendront le départ de l’expédition Arctic Row 2026 à minuit dans la nuit du 3 au 4 juillet 2026, depuis le Svalbard. Leur objectif est de réaliser une traversée historique de plus de 3 000 kilomètres, à la seule force des bras, jusqu’à la lisière de la banquise arctique, avant de poursuivre leur route jusqu’en Écosse continentale.

Après leur arrivée au Svalbard le lundi 29 juin, les membres de l’équipe Arctic Row 2026 ont quitté le port de Longyearbyen à minuit dans la nuit de vendredi à samedi, marquant le début d’une ambitieuse expédition à l’aviron dans l’une des dernières grandes frontières de l’aviron océanique : l’océan Arctique. L’équipe, composée de Florian Ramp, Roman Möckli, Ben von Mitzlaff et Frederik Jacobs, mettra d’abord le cap sur Ny-Ålesund avant de poursuivre vers le nord jusqu’à la lisière de la banquise polaire. Là, elle espère battre le record du monde actuel de la latitude la plus septentrionale jamais atteinte par une embarcation à rames en eaux libres arctiques, établi à 79° 55′ 500 » N. Ce record a été réalisé en 2017 par une équipe de quatre rameurs ayant relié Longyearbyen à l’île de Jan Mayen. Pour l’équipe de cette année, Jan Mayen ne constituera toutefois que la deuxième étape après avoir atteint la banquise. L’expédition poursuivra ensuite sa route vers la pointe orientale de l’Islande, longera les îles Féroé et s’achèvera dans le nord de l’Écosse. Au total, le parcours devrait couvrir environ 3 100 kilomètres en 40 à 60 jours, soit une moyenne d’environ 120 kilomètres parcourus par jour. Peu avant leur départ, l’équipe de Polar Journal a eu l’occasion de s’entretenir avec les membres d’Arctic Row 2026.

Après votre arrivée à Longyearbyen, à quoi ont ressemblé les derniers jours de préparation ?

Ben :
À notre arrivée lundi, nous avons d’abord mis le bateau à l’eau et tout vérifié. Tous les outils sont-ils à bord ? Le bateau est-il correctement chargé ? Avons-nous vraiment tout emporté ? Chaque mousqueton est-il bien fixé ? Tout cela a finalement pris plus de temps que prévu. Nous avons également dû faire les derniers achats et effectuer une sortie d’essai.

Frederik :
Cela faisait déjà deux mois que nous avions expédié le bateau vers Longyearbyen et certaines procédures étaient devenues un peu moins naturelles. Comment organiser les changements d’équipage ? Comment aménager la cabine ? Notre dessalinisateur présentait également des dépôts d’algues, nous avons donc dû le démonter et le nettoyer. L’objectif principal était de nous réhabituer au bateau.

Ramer jusqu’à la lisière de la banquise représente un défi considérable. Comment une idée aussi folle est-elle née ?

Roman :
Florian et moi nous sommes rencontrés lors de la traversée de l’Atlantique dans le cadre de The World’s Toughest Row. Florian y a participé en 2019, moi en 2021. C’est ainsi que j’ai découvert l’aviron océanique, une expérience extraordinaire. Ensuite, la question était simple : quelle sera la prochaine aventure ? Traverser l’Atlantique était formidable, mais traverser le Pacifique aurait été une expérience assez similaire. Nous voulions donc faire quelque chose de totalement différent. The World’s Toughest Row est avant tout une course, où la compétition occupe une place centrale. Nous avions davantage envie d’exploration. Nous voulions tenter quelque chose que personne n’avait encore accompli. Après avoir vu un documentaire sur Olly Hicks et George Bullard, qui avaient relié le Groenland à l’Écosse en kayak, j’ai été profondément inspiré par la beauté des paysages. En même temps, j’avais le sentiment qu’il manquait encore quelque chose à cette traversée. C’est ainsi qu’est née l’idée de partir du Svalbard, de ramer d’abord vers le nord jusqu’à la banquise, puis de mettre le cap vers l’Écosse. Nous traverserons une nature totalement préservée en suivant un itinéraire qu’aucun équipage n’a encore réalisé en bateau à rames.

Comment vous êtes-vous préparés, à la fois en équipe et individuellement ?

Ben :
Nous avons progressé étape par étape. Les premières séances duraient quelques heures, puis certaines ont atteint jusqu’à 40 heures d’affilée. En parallèle, chacun s’est beaucoup entraîné individuellement, notamment sur le plan physique. Nous organisions également une réunion d’équipe chaque semaine, toujours le vendredi à 12 h 15, afin de faire le point sur les progrès de chacun et les tâches accomplies.

Comment vous êtes-vous rencontrés ?

Roman :
J’ai rencontré Flo pendant la course. Il y avait participé deux ans avant moi. C’était ce Suisse un peu fou qui était parti à deux mais qui avait terminé seul, son coéquipier ayant dû abandonner à cause du mal de mer. Je lui ai demandé comment s’était passée son aventure et j’ai énormément appris grâce à lui. Il m’a donné de précieux conseils sur la gestion du projet et la recherche de financements. J’ai tout de suite trouvé qu’il était ouvert et prêt à partager son expérience, c’est ainsi que nous avons fait connaissance. Plus tard, Flo a intégré Frederik au projet, et moi j’ai amené Ben. Ben et moi nous connaissons grâce à l’armée suisse, tandis que Flo et Frederik se sont rencontrés par l’intermédiaire de l’aviron.

La banquise reculant chaque année un peu plus, jusqu’où êtes-vous prêts à ramer vers le nord ?

Ben :
Notre objectif actuel est d’atteindre au moins 80° de latitude nord. Mais cela ne signifie pas que nous ferons demi-tour à cet endroit. Nous voulons atteindre la banquise et aller aussi loin vers le nord que les conditions de sécurité nous le permettront.

À quoi ressemble la vie à bord ?

Frederik :
La vie à bord suit un rythme de deux heures : deux heures à ramer, puis deux heures pour dormir ou accomplir d’autres tâches. Cela se répète 24 heures sur 24, chaque jour, jusqu’à ce que nous atteignions notre objectif. Bien sûr, il n’y a pas que le sommeil : nous cuisinons, rangeons le bateau et organisons une réunion d’équipe chaque jour. Sinon, on ne croise généralement que son coéquipier de cabine – le bateau dispose de deux cabines, une à l’avant et une à l’arrière – et seulement quelques instants au moment du changement de quart.

On a l’impression que, malgré les quatre personnes à bord, chacun est souvent livré à lui-même. Comment gardez-vous votre motivation ?

Florian :
En réalité, il ne s’agit pas vraiment de motivation. L’important est simplement d’assurer son quart de rame. On ne veut pas laisser tomber ses coéquipiers ni arriver en retard à son relais, que l’on ait envie de ramer ou non. Bien sûr, c’est différent en cas de problème de santé.

Frederik :
Nous sommes tous dans le même bateau, mais chacun doit apporter sa propre contribution. Nous sommes responsables les uns des autres, de notre progression, de la réussite de l’expédition et du fait de pouvoir revenir à terre en restant amis.

Roman :
Ramer peut être une activité très méditative. On répète le même mouvement à l’infini. Il y a la pyramide des besoins de Maslow : à sa base se trouvent les besoins fondamentaux – dormir, manger, être en sécurité – et au sommet, l’accomplissement personnel. Pendant cette expédition, on revient en quelque sorte à cette base. Tout tourne autour de la camaraderie, de la santé et des choses simples de la vie. Beaucoup de préoccupations du quotidien disparaissent et l’on se concentre sur l’essentiel. La manière dont cela influence chacun dépend toutefois de sa personnalité.

Florian :
Je pense que l’on dispose d’un temps immense pour réfléchir à sa vie et prendre du recul. On peut se rendre compte que certaines choses que l’on a toujours faites ne nous correspondent plus. Cette aventure rappelle surtout que nous n’avons qu’une seule vie. Il est important de vivre selon ses propres aspirations, plutôt que selon celles des autres ou des attentes que l’on croit devoir satisfaire.

Prévoyez-vous de mettre pied à terre au cours de l’expédition ?

Ben :
Oui, en Écosse. Et aussi à Ny-Ålesund, qui sera notre dernière escale avant de quitter la civilisation.

Florian :
Nous ne savons pas encore combien de temps nous pourrons y rester, cela dépendra entièrement de la météo. Nous espérons progresser rapidement, car une fois que nous aurons trouvé notre rythme, nous voudrons le conserver. En même temps, nous cherchons à limiter les risques. Si nous disposons de deux jours de beau temps stable avant d’atteindre la banquise, il est beaucoup plus facile de planifier la suite.

Ne sera-t-il pas tentant de vous arrêter en route, notamment en passant si près de Jan Mayen puis de l’Islande ?

Florian :
En mer, on ne voit généralement pas très loin. Cela influencera aussi notre itinéraire. À cause de la courbure de la Terre, il est souvent impossible d’apercevoir la côte. Au fond, c’est peut-être mieux ainsi, car on évite toute tentation. Selon les conditions météorologiques, nous pourrions toutefois passer près des îles Féroé. Ce serait un paysage magnifique. À partir de là, il ne resterait plus que 300 à 400 kilomètres jusqu’à l’Écosse. On peut alors se dire que cette dernière portion est tout à fait réalisable. Avec Jan Mayen, c’est différent : il reste encore environ 1 300 kilomètres à parcourir. C’est donc probablement la plus grande tentation. En même temps, cela nous permet de découper l’expédition en étapes. Nous savons que nous serons dans une même section pendant deux, cinq ou dix jours. Mentalement, cela rend le voyage plus facile. En revanche, le quotidien à bord reste exactement le même.

Une expédition aussi au nord comporte de nombreux risques, surtout à bord d’un petit bateau à rames. Comment vous préparez-vous à des dangers comme les ours polaires ?

Frederik :
Je pense que le plus grand risque, c’est nous-mêmes, pas le bateau. Celui-ci est conçu comme un canot de sauvetage. Il peut chavirer, se retourner complètement puis se redresser de lui-même. Si quelque chose arrive à bord, ce sera probablement dû à une erreur humaine. Par exemple, si quelqu’un laisse un panneau ouvert, qu’une vague entre et que le bateau se remplisse d’eau. Le meilleur moyen de limiter les risques est une excellente préparation et un entraînement rigoureux. C’est précisément ce que nous avons fait. Cela comprend notamment un entraînement aux armes avec Ben, l’utilisation d’un pistolet lance-fusées pour repousser un ours polaire et la préparation à différents scénarios d’urgence. Nous savons comment réagir si nous rencontrons un ours polaire, si la coque est endommagée ou si la météo se dégrade brutalement. Nous ne sommes pas seuls dans cette aventure. Une équipe nous suit en permanence. L’un de nos météorologues surveille les conditions météorologiques chaque jour, et une personne est spécialement chargée de notre sécurité. En cas d’urgence, elle coordonne les contacts avec les secours, les familles et toutes les autres personnes concernées.

Comment nos lecteurs peuvent-ils suivre et soutenir votre expédition ?

Frederik :
Il existe principalement deux moyens de suivre et de soutenir l’expédition : sur Instagram via @TeamArcticRow, où figure également le lien vers la campagne GoFundMe et où des mises à jour régulières seront publiées, ainsi que sur le site TeamArcticRow.ch, qui proposera un suivi en direct de l’expédition, des informations complémentaires et différentes possibilités de soutien.

Polar Journal, Dr. Jan-Benedict Spannenkrebs

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