Comment les manchots du Cap meurent lentement de faim

Le Cap: La population menacée des manchots africains continue de s’effondrer dramatiquement. Les chercheurs tirent la sonnette d’alarme. Le long des côtes sud-africaines, de plus en plus d’animaux meurent de faim, car leur nourriture disparaît. Les petits oiseaux noirs et blancs, autrefois symbole de la richesse de la faune marine du pays, traversent une crise existentielle.

La surpêche et le changement climatique affaiblissent l’espèce
La principale cause de cette mortalité est le manque de sardines et d’anchois, ces poissons de banc dont dépendent les manchots. Les flottes de pêche industrielle exploitent ces stocks à grande échelle depuis des années. Parallèlement, la hausse des températures marines pousse les bancs de poissons vers des régions plus froides, souvent très éloignées des colonies de reproduction comme Robben Island, Boulders Beach ou d’autres secteurs côtiers.
«Les animaux doivent parcourir des distances de plus en plus grandes pour trouver de la nourriture», explique une biologiste marine de l’agence sud-africaine de conservation de la nature. «Beaucoup ne parviennent tout simplement plus à revenir nourrir leurs petits.»

Des poussins morts de faim dans les colonies
La situation est particulièrement dramatique pendant la saison de reproduction. Dans plusieurs colonies, des poussins abandonnés ou morts de faim ont été observés en nombre croissant. Même les manchots adultes reviennent parfois à terre tellement amaigris qu’ils meurent peu après. Selon des organisations de protection de la nature, la population de manchots africains a chuté de près de 80 % au cours des dernières décennies.

L’espoir grâce à de nouvelles mesures de protection
Le gouvernement sud-africain réagit: des zones d’exclusion pour la pêche ont récemment été instaurées autour des principaux sites de reproduction. Les premières études indiquent que les manchots y trouvent plus facilement de la nourriture. Parallèlement, les centres de secours tentent de nourrir et de réhabiliter les poussins sous-alimentés avant leur remise en liberté.
Dans le centre de sauvetage «SANCCOB» au Cap, des rangées de bacs en plastique sont alignées. Chacun contient un poussin de manchot, enveloppé dans des serviettes, certains sous perfusion, d’autres les yeux à moitié fermés. Des bénévoles nettoient le sol, réchauffent la bouillie alimentaire, contrôlent les poids.
Mais les spécialistes avertissent: sans des mesures durables et rigoureuses, l’espèce pourrait disparaître de la nature d’ici quelques décennies.

Un symbole du changement écologique
Le destin des manchots africains illustre un écosystème en déséquilibre. La lutte pour les derniers poissons de banc montre à quel point l’impact des activités humaines est devenu visible. Pour de nombreux chercheurs, le constat est clair: le temps pour inverser la tendance est compté.
Rosamaria Kubny, PolarJournal