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De Berlin au Svalbard – L’histoire de la locomotive de Ny-Ålesund

Marcel Schütz 15. décembre 2025 | Arctique, Culture, Non classifié(e), Société, Svalbard, Tourisme
Locomotive à Ny-Ålesund (79° N), avant la restauration.
Photo : Marcel Schütz

Sur la vaste côte ouest de l’archipel norvégien du Svalbard se trouve la localité de Ny-Ålesund. Aujourd’hui, elle est un centre international de recherche et l’un des lieux habités en permanence les plus septentrionaux de la planète.

Pourtant, entre stations de mesure modernes, maisons en bois sobres et toundra infinie, se dresse un témoin silencieux d’une autre époque : la locomotive historique de Ny-Ålesund.

Cette locomotive raconte une histoire de travail acharné, de défis techniques et de la volonté humaine d’exploiter des ressources même dans les conditions les plus extrêmes. Au début du XXe siècle, Ny-Ålesund n’était pas un centre scientifique, mais une colonie minière isolée. L’extraction du charbon dominait la vie quotidienne, et une petite ligne ferroviaire fut construite pour transporter ce combustible précieux des mines jusqu’au port. Le cœur de ce système était la locomotive, qui tirait jour après jour de lourds wagonnets de charbon.

Son histoire commence toutefois loin de l’Arctique. La locomotive fut construite en 1909 à Berlin par le célèbre constructeur allemand Borsig, l’un des principaux fabricants de locomotives à vapeur de l’Empire allemand. Après sa construction, elle fut d’abord utilisée dans le nord de la Norvège, au Salangsverket dans le comté de Troms, entre Tromsø et les îles Lofoten, sur un site industriel.

En 1917, la société minière Kings Bay Kull Compani A/S fit l’acquisition de la locomotive. Fondée en 1916, cette entreprise avait pour objectif de développer systématiquement l’exploitation du charbon à Ny-Ålesund. Le 12 juillet 1917, la locomotive atteignit enfin sa destination. Transportée par bateau à travers la mer de Barents jusqu’au Kongsfjord, elle arriva à Ny-Ålesund, où elle devint l’un des premiers véhicules du nouveau chemin de fer industriel reliant les mines au port.

À Ny-Ålesund, la locomotive reçut le surnom de «Toa». Elle faisait partie d’un petit chemin de fer à voie étroite dont les rails ne mesuraient que quelques centaines de mètres, mais qui était essentiel à l’exploitation minière. Malgré des températures glaciales et des mois de nuit polaire, la locomotive remplit sa mission avec fiabilité. Pour les mineurs, elle était bien plus qu’une machine : elle symbolisait le travail, l’approvisionnement et le lien avec le monde extérieur.

L’histoire minière de Ny-Ålesund est cependant marquée par de nombreuses tragédies. Plusieurs accidents graves dans les mines coûtèrent la vie à de nombreux travailleurs. Finalement, l’exploitation du charbon fut définitivement arrêtée en 1963. Le chemin de fer perdit alors sa fonction, et la locomotive fut mise hors service.

Au lieu d’être démantelée ou oubliée, la locomotive fut conservée. En tant que seul vestige ferroviaire subsistant de Ny-Ålesund, elle est devenue un monument de cette époque révolue. Elle rappelle encore aujourd’hui les hommes qui ont travaillé dans des conditions extrêmes et le prix élevé de l’exploitation de cette région.

Dans les années 2010, la locomotive fit l’objet d’une restauration minutieuse. En 2016, elle fut transportée sur le continent norvégien pour être remise en état, avant de revenir à Ny-Ålesund au printemps 2017. Aujourd’hui, elle repose tranquillement près du port, entourée du paysage arctique et d’un silence presque irréel.

La locomotive de Ny-Ålesund est bien plus qu’un objet technique. Elle est une histoire figée dans l’acier – un symbole de l’ambition humaine, du pionnier industriel et de la vie aux confins du monde habité.

PolarJournal – Marcel Schütz

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