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Des drones pour surveiller la faune de Géorgie du Sud

Dr. Michael Wenger 21. novembre 2022 | Antarctique, Science
Des dizaines de milliers de manchots royaux peuplent la zone de la baie de St-Andrews en Géorgie du Sud. Pour avoir une chance d’en savoir plus sur la taille de cette colonie, il faut avoir une vue d’en haut. Image : Michael Wenger

Les drones constitue un sujet qui divise les esprits. Certains voient dans ces engins volants télécommandés une nuisance, voire un véritable danger. Mais d’autres les considèrent comme un outil important lorsqu’il s’agit de collecter des données sur une grande surface, en un temps relativement court et de manière économique. Dans les régions difficiles d’accès en particulier, il est ainsi possible de réaliser ce que l’on appelle des biosurveillances. C’est du moins l’approche du British Antarctic Survey en Géorgie du Sud.

Grâce à d’importants efforts de protection, cette île située au sud de la ligne de convergence antarctique, est redevenue un paradis riche pour les animaux, où les manchots, les éléphants de mer ou les otaries à fourrure peuplent les plages en immenses colonies. Ces colonies s’étendent désormais loin dans l’arrière-pays, en particulier pour les manchots royaux et les otaries à fourrure. Afin de conserver une vue d’ensemble de la taille de ces populations, le British Antarctic Survey a eu recours à des drones dits à voilure fixe, qui opèrent et sont pilotés même au-delà d’une visibilité normale. Les scientifiques du BAS, en collaboration avec l’administration de la Géorgie du Sud et des îles Sandwich du Sud (GSGSSI), ont ainsi commencé à collecter des données importantes sur les différentes colonies de manchots royaux et papous, en plus des grands rassemblements d’éléphants de mer sur les plages de l’île.

Les équipes de recherche bénéficient d’une dérogation dans l’utilisation d’aéronefs téléguidés sans pilote, mais cette dérogation est assortie de contraintes et d’exigences importantes pour ces appareils et leurs pilotes. Pour la première fois, le BAS a misé sur des drones à voilure fixe, qui ont une plus grande portée et peuvent être pilotés même en étant hors de vue. Image : Jamie Coleman via BAS

L’utilisation d’appareils volants sans pilote et télécommandés est soumise, en Géorgie du Sud, à des règles strictes et claires. Si l’utilisation est interdite aux touristes, le GSGSSI peut utiliser une dérogation pour certains travaux commerciaux et surtout scientifiques, mais avec de grandes contraintes et exigences pour les appareils et leurs pilotes. Lors de l’essai du BAS, c’est la première fois qu’un modèle de drone à ailes rigides a été utilisé, au lieu des modèles à quadricoptères habituels. Ces engins à voilure fixe ont l’avantage de pouvoir être utilisés même par des vents forts. En outre, ils ont une vitesse de vol et un rayon d’action plus importants, ce qui leur permet de survoler une plus grande zone. Grâce à un système de contrôle de vol amélioré, de tels drones peuvent également opérer hors du champ de vision des pilotes et atteindre des zones de colonies qui se trouvaient jusqu’à présent hors de portée des drones traditionnels. « Cette nouvelle technologie, capable d’opérer de manière autonome hors de la ligne de vue, nous permet de surveiller plusieurs colonies à partir d’une seule position, et de minimiser ainsi l’impact sur le fragile écosystème de la Géorgie du Sud », explique Nathan Fenney, spécialiste en géomatique au BAS, qui a participé à l’expédition.

L’utilisation des drones à voilure fixe est, selon les experts du BAS et du GSGSSI, un outil formidable pour mieux surveiller les résultats des mesures de protection en Géorgie du Sud. En effet, ils peuvent mieux résister à une série de facteurs environnementaux que les quadricoptères habituels à quatre moteurs. Il s’agit notamment des conditions de vent et de météo qui changent rapidement. Ces conditions météorologiques jouent un rôle important dans la surveillance des éléphants de mer en particulier, qui sont nombreux sur les plages et dans l’arrière-pays de Géorgie du Sud, surtout au printemps et au début de l’été. De plus, l’arrière des plages est souvent à peine praticable et très peu visible depuis le sol. « Cette avancée technologique améliore considérablement notre capacité de surveillance de routine », explique l’écologiste Philp Hollyman de la BAS. Et Mark Belchier, le directeur de l’environnement et de la pêche au GSGSSI, est également convaincu par la technologie : « Ce projet communautaire passionnant ouvre la possibilité d’un suivi rentable pour un certain nombre d’espèces emblématiques, qui disposent de colonies de reproduction en Géorgie du Sud. Ces informations sont la clé de la création de données de base qui nous aideront à évaluer l’efficacité de nos vastes zones protégées marines et terrestres au fil du temps ».

Des essais avec différents types de drones ont déjà été réalisés en Antarctique afin de tester la réaction des manchots empereurs, ainsi que les aspects techniques de son utilisation. Image : Osama Mustafa, ThINK Jena

En Antarctique aussi, des drones ont déjà été utilisés pour surveiller les différentes colonies de manchots. L’exemple des manchots empereurs a permis de démontrer que, d’une part, si certains paramètres sont respectés lors de l’utilisation des appareils de vol à des fins scientifiques, les animaux ne sont guère dérangés. Une autre étude menée sur des colonies de manchots Adélie dans l’est de l’Antarctique a permis de développer de nouvelles méthodes qui réduisent au minimum le temps d’intervention, et donc la possibilité de perturber les animaux, tout en fournissant de nouvelles informations importantes sur ces populations. Pour les animaux de Géorgie du Sud et d’Antarctique, les engins volants semblent être plus un soutien qu’une nuisance.

Dr. Michael Wenger, PolarJournal

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