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Invasion de baleines au large de la côte est du Groenland

Rosamaria Kubny 1 octobre 2026 | Animaux, Arctique, Groenland
Une baleine à bosse (Megaptera novaeangliae) jaillit de l’eau de tout son corps imposant. Ces sauts spectaculaires, également appelés « breaching », comptent parmi les comportements les plus marquants des baleines à bosse. (Image : générée par IA)

Au large de la côte est du Groenland, l’écosystème marin a considérablement changé au cours des dernières décennies. Les rorquals communs, les baleines à bosse et les petits rorquals, qui y étaient autrefois plutôt rares, y apparaissent désormais par milliers chaque été. Pour 2024, les chercheurs estiment le nombre de baleines à bosse à environ 4 000, celui des rorquals communs entre 5 000 et 6 000, et celui des petits rorquals à plus de 6 000. Au total, ce sont donc environ 16 000 baleines à fanons qui fréquentent les eaux au large de la côte est du Groenland.

Observations de rorquals communs et de petits rorquals (à gauche) ainsi que de baleines à bosse (à droite) le long de la côte est du Groenland. La taille des cercles indique la taille des groupes de cétacés observés. Des rassemblements particulièrement importants de baleines à bosse ont été enregistrés en 2025 au sud du Scoresby Sund. (Graphique : Heide-Jørgensen et al., 2026 / Frontiers in Marine Science, fig. 3 / CC BY 4.0)

Les observations réalisées en août 2025 sur la côte de Blosseville ont été particulièrement marquantes. Des groupes comptant jusqu’à 50 baleines à bosse y ont été repérés simultanément. De tels rassemblements étaient difficilement imaginables dans la région il y a encore quelques décennies.

Le changement climatique en est une cause majeure. Depuis la fin des années 1990, les eaux au large de l’est du Groenland se sont réchauffées, tandis que la banquise estivale continue de reculer vers le nord. Les zones côtières deviennent ainsi accessibles aux baleines. Mais c’est surtout la disponibilité de la nourriture qui est déterminante : le capelan et d’autres poissons grégaires ont progressivement déplacé leurs habitats estivaux de l’Islande vers la mer du Groenland. Le krill constitue également une source de nourriture essentielle pour les baleines.

Une baleine à bosse soulève sa puissante nageoire caudale hors de l’eau avant de plonger. Derrière elle se dressent d’imposants icebergs, un paysage typique des fjords groenlandais. (PolarJournal)

Au cours de leur séjour d’environ quatre mois, ces trois espèces de baleines pourraient consommer ensemble près d’un million de tonnes de proies. Elles deviennent ainsi un maillon essentiel de la chaîne alimentaire.

Les chercheurs parlent d’une « boréisation » rapide de l’écosystème. Des espèces issues d’eaux plus chaudes s’étendent vers le nord et rencontrent des habitants typiques de l’Arctique, tels que les narvals. À long terme, ce changement pourrait influencer l’ensemble de la chaîne alimentaire de l’est du Groenland.

Rosamaria Kubny, PolarJournal

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