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La cryosphère des zones alpines discutées à Berne

Mirjana Binggeli 24. septembre 2024 | Arctique, Science
Organisée par l’Ambassade de France en Suisse et au Liechtenstein, ici représentée par l’Ambassadrice Marion Paradas, la conférence-débat se sera déroulée devant une cinquantaine d’invités. Photo : Marion Moreau / Ambassade de France

Le réchauffement climatique n’atteint pas seulement les régions polaires mais aussi l’ensemble de la cryosphère de la planète. Une conférence-débat organisée à par l’Ambassade de France à Berne se penche sur les zones alpines, confrontées elles aussi à la fonte. 

Le 19 septembre dernier s’est tenue une conférence-débat sur l’impact du dérèglement climatique en zone alpine. Organisée par l’Ambassade de France en Suisse, le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) et le Swiss Polar Institute, l’événement a réuni une cinquantaine de personnes à la résidence de France à Berne. 

Et si les discussions ont principalement concerné les régions alpines, il n’en reste pas moins que l’ensemble de la cryosphère est concerné. De la calotte glaciaire antarctique aux glaciers des fjords groenlandais, en passant par la glace de mer des régions polaires, les zones de pergélisol ou les glaciers des montagnes à travers le monde, ce sont toutes les surfaces glacées de notre planète qui subissent de plein fouet le réchauffement climatique. Avec des conséquences bien réelles et déjà très visibles, notamment sous nos latitudes et sur les populations qui les habitent. 

D’où l’importance d’une collaboration entre pays, comme l’ont rappelé Madame Marion Paradas, Ambassadrice de France en Suisse et Madame Alexandra Baumann, Ambassadrice et Cheffe de la Division Prospérité et durabilité du DFAE, rappelant toutes deux la déclaration commune signée entre la France et la Suisse en novembre 2023. Marquant une étape dans le renforcement de la coopération entre les deux pays, la déclaration concerne la recherche sur la cryosphère et les zones alpines. « En tant qu’ambassadrice suisse pour l’Arctique, je peux témoigner du fait que ce type de collaboration est essentielle au-delà de nos frontières. », relève Madame Baumann. « En Arctique et en Antarctique, les effets du changement climatique se manifestent de manière encore plus extrême, mais les liens avec nos régions montagneuses sont évidents. ». Et de souligner l’importance de toucher une vaste audience, notamment auprès des plus jeunes.

Alors que la perte de glace en Arctique et en Antarctique a pour principal impact de faire monter le niveau des mers à travers le monde, la fonte des glaciers en zones alpines engendre surtout des dégâts humains et matériels. Glissements de terrain et autres catastrophes naturelles font de plus en plus souvent la une des journaux, à quoi s’ajoute également la perte en eau douce. Une table ronde, à laquelle ont participé plusieurs scientifiques spécialisés dans les glaciers alpins, a évoqué les risques dans les régions de haute altitude. Ici, le glacier d’Aletsch en Suisse qui a reculé de 800 mètres en 30 ans. Photo : Dirk Beyer / Wikicommons

Depuis 1930, date des premiers relevés, jusqu’à aujourd’hui, 60% de la glace a été perdue en Suisse, rappelle Daniel Farinotti, professeur et glaciologue à l’ETH de Zurich. Et la perte de glace devrait se poursuivre quels que soient les scénarios envisagés. Même si le réchauffement climatique s’arrêtait aujourd’hui et que l’on conservait le climat actuel dans les modèles climatiques, les glaciers perdraient encore 40%. « Cela veut dire que les glaciers, tels qu’ils sont aujourd’hui, sont trop gros pour le climat actuel. », souligne le professeur dont les recherches portent principalement sur l’évolution des glaciers et leur implication sur leurs ressources en eau.

Agir en amont plutôt qu’en dernier recours

S’il est essentiel de préserver les glaciers qu’il nous reste, il est tout aussi important de protéger les zones désenglacées. C’est le but du projet Ice&Life, situé à l’interface entre le monde académique, le monde associatif et les parties prenantes du monde de la montagne. Lancé en 2021, Ice&Life vise à protéger les 210 000 glaciers de notre planète et les écosystèmes qui leur succèdent.

Avec la disparition des glaciers, c’est en effet tout un paysage qui se trouve modifié en profondeur et c’est un élément dont on parle finalement assez peu. Car une fois qu’un glacier s’est retiré, la zone découverte ne restera pas déserte. Fjord, forêt, zone humide peuvent s’installer une fois le glacier disparu et y héberger tout un écosystème. « La nature a horreur du vide. », rappelle Jean-Baptiste Bosson, fondateur du projet Ice&Life, dont les résultats ont été repris par l’État français dans sa stratégie nationale sur la biodiversité. « On joue sur la protection in situ et l’État français nous a écouté. […] C’est assez révolutionnaire parce que la protection de la nature, dans le monde, est plutôt conservative. Là, on essaie d’agir en amont. »

Collaboration scientifique et entre pays, production de connaissances pour accroître notre compréhensions des causes de liens à effets, élaboration de mesures pour freiner le phénomène, le chantier est vaste et urgent et la coopération vitale, comme le rappelait le CEO de Polar Journal AG, Michael Wenger, dans son discours de conclusion de la journée : « […] il est essentiel que tous les acteurs se parlent et s’écoutent mutuellement, qu’ils écoutent attentivement et tirent ensemble à la même corde. Il ne s’agit en effet de rien de moins que de l’avenir des mondes glacés de cette Terre. »

Mirjana Binggeli, Polar Journal AG

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