La fumée des incendies de forêt atteint l’Antarctique

L’Antarctique, longtemps considéré comme une région naturelle intacte, est de plus en plus affecté par les changements environnementaux mondiaux. Des recherches récentes montrent que des particules de fumée provenant d’incendies de forêt dans des régions éloignées comme l’Australie, la Patagonie ou l’Amazonie atteignent le continent blanc.
Ces minuscules particules de suie sont transportées sur des milliers de kilomètres par de puissants courants atmosphériques. En Antarctique, elles se déposent sur la neige et la glace, y laissant des traces chimiques mesurables. Elles influencent également le climat local: en raison de leur couleur sombre, elles réduisent la capacité de réflexion de la surface (albédo), ce qui entraîne une absorption accrue de l’énergie solaire et accélère la fonte des glaces.
La station de mesure «Transportable Antarctic Research Platform» (TARP) sur l’île King George joue un rôle central dans l’étude de ce phénomène. La chercheuse colombienne Juliana Mejía y travaille dans le cadre de l’expédition antarctique chilienne. Grâce à des instruments modernes tels que des radiomètres, des photomètres et un système lidar, les changements dans l’atmosphère sont mesurés et l’arrivée des aérosols analysée.

Le transport des particules de fumée s’effectue notamment par un phénomène appelé pyroconvection: la chaleur extrême des incendies de forêt élève les polluants à de grandes altitudes, où ils sont ensuite transportés par les circulations atmosphériques globales. Selon leur origine, ce transport peut durer de quelques jours à deux semaines. Des modèles spécifiques permettent de retracer le trajet des masses d’air.
La recherche est menée dans le cadre d’une collaboration internationale, notamment avec l’Université de Santiago du Chili, la NASA et l’Université de l’Arizona. Elle montre clairement que l’Antarctique est étroitement lié aux processus globaux et qu’il sert d’indicateur sensible du changement climatique.
Face à l’augmentation des incendies de forêt dans le monde, les chercheurs avertissent que la pollution de l’Antarctique continuera d’augmenter. Cela souligne l’urgence de réduire les émissions et de s’attaquer aux causes des incendies afin de protéger l’un des écosystèmes les plus fragiles de la planète.
Heiner Kubny, PolarJournal