La Norvège adresse ses excuses aux Sames
Le 12 novembre dernier, le Parlement norvégien a adressé ses excuses aux Sames et aux populations autochtones du pays pour la politique d’assimilation forcée et ses conséquences toujours très actuelles. Assorties d’un lot de mesures et de recommandations, ces excuses poseront-elles les jalons vers la réconciliation ?
« Ce fut une journée pleine d’émotions. Il est fort de voir que le Storting s’excuse et reconnaît sa responsabilité dans la politique de norvégianisation. » C’est avec ces mots que la président du Parlement sami de Norvège, Silje Karine Muotka, a accueilli les excuses adressées le 12 novembre dernier par le Parlement norvégien, le Storting, aux Sames, Kvènes et Skoggfins de Norvège pour la politique d’assimilation forcée menée à l’encontre de ces populations. « Aujourd’hui, j’adresse une pensée à ceux qui ont souffert, qui ont perdu leur langue et leur culture et qui portent de profondes blessures. Aujourd’hui, il y a un espoir de réconciliation », déclarait Madame Muotka dans un communiqué de presse diffusé mardi.
Des excuses qui interviennent plus d’une année après la publication d’un rapport de la Commission Vérité et Réconciliation. Les conclusions y étaient sans appel : la norvégianisation des populations autochtones du pays a laissé des cicatrices profondes et entraîné la disparition de la langue et de la culture autochtone. Plus de 700 personnes avaient participé à ce rapport, livrant leur témoignage sur la norvégianisation de leur culture et les conséquences toujours très actuelles de ce processus.
Les excuses du Storting ont été adressées aux différentes populations autochtones du pays. Outre les Sames, dont la population s’élève en Norvège à plus de 55 000 personnes, les Kvènes et les Skoggfins ont aussi reçu des excuses pour la politique d’assimilation forcée démarrée au 18ème siècle et qui s’est poursuivie jusque dans les années 1980. Interdiction de parler sa langue ou de pratiquer sa culture, déplacements et relocalisations forcés de population et mise en place de pensionnat pour les enfants ont été le lot des populations autochtones norvégiennes, avec des conséquences toujours très vives aujourd’hui.
La démarche du Storting constitue d’ailleurs une première pour les communautés Skoggfins et Kvènes. Ces dernières, issues de migrants finlandais arrivés en Norvège entre le 16ème et le 19ème siècle, n’avaient jamais reçu d’excuses du gouvernement alors même que la norvégianisation les a pratiquement dépouillées de leur culture et de leur langue.
Dix-sept mesures pour réparer
Alors que les excuses constituent un premier pas, des mesures concrètes étaient aussi attendues de la part du parlement. Un lot de dix-sept mesures a donc été annoncé hier, faisant la part belle notamment à la question de la revitalisation de la langue. Cours de langue pour les enfants et les adultes, création d’espaces linguistiques et culturels, possibles financements des municipalités sames dans les projets de développement linguistique, soutien au développement technologique dans l’enseignement figurent en bonne place dans les mesures établies par le Storting.
Et ce n’est pas tout. Le parlement a également demandé au gouvernement norvégien de modifier sa loi sur les patronymes afin de permettre aux personnes dont le nom de famille avaient dû « norvégianisé » de reprendre leur nom d’origine et d’élaborer un projet d’amendement de loi pour mieux protéger le patrimoine et les monuments autochtones.
Un centre de compétence national sur la politique norvégianisation et les injustices commises sur les populations autochtones devrait être créé en collaboration avec ces dernières. Recherche, documentation et communication constitueront les principales missions du centre.
Enfin, la formation des fonctionnaires sur les populations autochtones, leurs droits, leur langue, leur culture et leurs traditions devrait être dispensée.
Des mesures qui auront évidemment un coût. C’est pourquoi, dès 2026, la politique de réconciliation devrait entrer dans le budget national. En outre, le gouvernement devra, dès 2027, soumettre au parlement un rapport relatif à l’avancement des mesures prises en faveur des populations autochtones.
Si les excuses et les mesures du Storting constituent un premier pas, il n’en reste pas moins que le chantier est vaste. « À l’avenir, nous attendons une politique active de réconciliation. La décision d’aujourd’hui garantit un suivi à long terme et a des répercussions à la fois financières et juridiques. », souligne la présidente du Parlement same de Norvège tout en regrettant qu’aucun règlement n’ait été trouvé quant aux conflits persistants relatifs à la terre et à l’eau. Dans tous les cas, il est déjà clair que le processus de réconciliation ne se fera pas sans les populations autochtones : « Nous sommes prêts à contribuer activement aux travaux et attendons avec impatience de construire un processus de réconciliation avec la large participation d’un certain nombre d’acteurs sociaux. »
Pas une première
Ces excuses interviennent plus de deux ans après celles formulées aux éleveurs de rennes par le gouvernement norvégien dans l’affaire des parcs d’éoliennes installées à Storheia et Roan. La Cour suprême norvégienne avait déclaré que les permis accordés pour la construction des éoliennes sur la péninsule de Fosen, dans l’ouest de la Norvège, violaient ainsi les droits des Sames pourtant reconnus par l’ONU.
Pendant près de deux ans, les communautés sames se sont mobilisées, multipliant les actions coups de poing et les occupations des ministères de la capitale. Finalement, le gouvernement a adressé ses excuses en mars 2023, promettant de trouver rapidement des solutions pour faire cohabiter éoliennes et communautés sames. Entre indemnisation des familles sames, remplacement des zones de pâturage prises par les parcs d’éoliennes, et droit de veto sur de futures installations, la procédure de médiation entre les différentes parties s’est déroulée dans un climat tendu.
Une situation qui fait écho aux différents conflits sur les territoires sames du Nord de l’Europe. Outre les parcs d’éoliennes, les projets miniers et l’exploitation des forêts sont dénoncés par les communautés autochtones norvégiennes, suédoises et finlandaises. De véritables enjeux qui devraient se poser dans les démarches de réconciliation.
Lien vers le rapport de la Commission Vérité et Réconciliation (en norvégien) : https://www.stortinget.no/globalassets/pdf/sannhets–og-forsoningskommisjonen/rapport-til-stortinget-fra-sannhets–og-forsoningskommisjonen.pdf
Mirjana Binggeli, Polar Journal AG
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