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Le récif de glace le plus profond du monde découvert – et il grouille de vie

Heiner Kubny 14. janvier 2026 | Animaux, Arctique, expéditions, Groenland, Science, Svalbard
La structure est constituée d’hydrates de gaz, que de nombreux animaux utilisent comme habitat. L’image montre un exemple provenant de plus de 3 600 mètres de profondeur. (Photo: REV OCEAN)

Très profondément sous la surface de l’océan, là où presque aucune lumière ne pénètre et où la pression de l’eau est immense, un récif de glace se développe. Au large de la côte ouest du Groenland, des scientifiques ont découvert le récif d’hydrates de gaz le plus profond jamais observé. Situé à environ 3 600 mètres de profondeur, il est composé d’hydrocarbures gelés et pourtant, il est tout sauf dépourvu de vie.

L’équipe internationale de recherche dirigée par la géoscientifique Giuliana Panieri, de l’université de Mestre près de Venise, rapporte que le récif est colonisé par une communauté biologique étonnamment diversifiée. Des vers, des escargots, des crustacés et des cnidaires y vivent très densément. Nombre de ces espèces pourraient être encore inconnues de la science.

De curieuses formes de vie ont été récemment découvertes. (Photo: REV OCEAN)

Le récif a été découvert lors de l’expédition Ocean Census Arctic Deep Expedition 2024. Les chercheurs ont été intrigués lorsqu’ils ont détecté des bulles de gaz remontant sous leur navire. Ils ont alors envoyé un robot sous-marin télécommandé vers les profondeurs. Au fond de la mer, celui-ci a rencontré des structures en forme de collines, qui rappelaient au premier abord les «fumeurs noirs», des sources hydrothermales bien connues d’où s’échappe de l’eau chaude riche en minéraux.

Mais les récifs de glace diffèrent fondamentalement de ces sources hydrothermales. Ici, ce ne sont pas la chaleur, mais du méthane, des composés sulfurés et même du pétrole brut qui s’échappent du sous-sol. Dans cet environnement glacé, une partie du méthane se fige sous forme d’hydrates de gaz. Il s’agit de composés cristallins constitués d’eau et d’hydrocarbures gazeux. De tels hydrates de gaz sont certes connus sur les pentes continentales, mais jusqu’à présent, ils n’avaient été observés qu’à des profondeurs allant jusqu’à environ 2.000 mètres.

Ampharetid polychaete, Stauromedusa Lucernaria cf. bathyphila. (Photo : REV OCEAN)

Les structures récemment découvertes, appelées les «monticules de Freya», s’étendent à des profondeurs bien plus importantes que ce que les chercheurs jugeaient possible jusqu’ici. Les hydrates de gaz sont considérés comme un important réservoir de méthane: au moins 20% du méthane mondial serait stocké sous cette forme dans les fonds marins.

La base de la vie sur ces récifs de glace est constituée de micro-organismes. Ceux-ci utilisent les hydrocarbures et les sulfures qui s’échappent comme source d’énergie, sans avoir besoin de lumière solaire. Sur ces tapis bactériens, des animaux plus grands bâtissent ensuite leur existence, soit en consommant directement les microbes, soit en chassant d’autres organismes qui s’en nourrissent.

Carte régionale des sources (jaune) et des évents (orange): étoile jaune = monticules d’hydrates de gaz de Freya; étoile orange = champ de ventilation Jøtul; 1 = suintements de la dorsale de Vestnesa; 2 = suintements de Prins Karls Forland; 3 = monticules d’hydrates de gaz de Storfjordrenna; 4 = suintements de Bjørnøyrenna; 5 = complexe de failles de Leirdjupet; 6 = volcan de boue Borealis; 7 = volcan de boue Håkon Mosby; 8 = le Château de Loki; 9 = champ de ventilation Aurora. b Carte des structures du fond marin observées lors des plongées ROV aux monticules d’hydrates de gaz de Freya (79,6° N, profondeur 3 640 m).

Les analyses des hydrocarbures lourds indiquent que leur origine remonte à un passé lointain. Ils proviendraient peut-être de plantes qui recouvraient le Groenland durant le Miocène, une période nettement plus chaude, il y a environ 23 à 5 millions d’années. Au fil de millions d’années, ces restes organiques ont été recouverts par des sédiments et transformés, sous une forte pression, en pétrole et en gaz naturel.

Le biologiste marin Jon Copley, de l’université de Southampton et co-auteur de l’étude, estime qu’il est probable que d’autres récifs de glace de ce type existent au large des côtes groenlandaises. Ils pourraient jouer un rôle important pour la biodiversité des grands fonds, dans une région qui, malgré son isolement, se révèle manifestement riche en vie.

Heiner Kubny, PolarJournal

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