Les chiens de traîneau rendent-ils le Svalbard plus vert ?
L’espèce animale qui s’ajoute à la liste des habitants du Svalbard est le chien. Plus d’un millier de ces quadrupèdes vivent sur l’archipel et étaient autrefois le principal moyen de locomotion. Mais ils aujourd’hui surtout utilisés pour des activités touristiques et le meilleur ami de l’homme semble avoir un impact écologique sur la région, comme le montre une nouvelle étude. Ils semblerait être responsable d’un verdissement la toundra arctique.
Plus de nutriments dans le sol, probablement grâce aux excréments et à la nourriture des chiens, entraînent une plus grande productivité autour des zones où l’on pratique l’élevage au Svalbard. C’est le résultat d’une étude menée par une équipe de recherche internationale dirigée par le Dr Kristine Bakke Westergaard et le Dr Jesamine Bartlett de l’Institut norvégien de recherche sur la nature NINA. La végétation devient ainsi verte plus rapidement et plus longtemps à ces endroits, ce qui peut à son tour avoir une influence sur les organismes qui s’y trouve. Les résultats de l’étude n’ont pas encore été évalués par des experts et publiés dans une revue spécialisée, mais sont disponibles sur EcoEvoRxiv sous forme de preprint. Le processus d’évaluation doit encore être effectué.
Un Svalbard plus vert grâce à l’élevage d’animaux
Pour cette étude, l’équipe d’auteurs a observé l’évolution des surfaces végétales dans des endroits où il y a des animaux au Svalbard et les a comparées à des endroits naturels avec et sans apport naturel accru de nutriments. Il s’agit par exemple de rochers ou de colonies d’oiseaux comme l’Alkornet à l’entrée de l’Isfjord. Au total, 31 sites ont été sélectionnés par les scientifiques sur le côté ouest de l’île principale du Svalbard. Cela comprenait 12 chenils actifs, quatre anciens sites d’élevage d’animaux dans les lieux habités du Svalbard, une écurie (près de l’aéroport de Longyearbyen), six rochers à oiseaux et huit zones de toundra différentes comme sites de comparaison.
Afin de pouvoir déterminer si les sites influencés par l’homme et les animaux domestiques/de ferme sont effectivement plus verts que les sites de référence, l’équipe a examiné les images satellites des quarante dernières années pour déterminer l’intensité de la verdure à l’aide d’un logiciel spécialement conçu et a établi une série chronologique de l’évolution de la verdure sur les sites. « Sur les falaises d’oiseaux de mer et les sites de référence de la toundra, la part de vert dans la végétation a augmenté de manière constante au cours des dernières décennies, mais pas aussi rapidement que sur les sites d’élevage », conclut l’équipe à l’issue de la comparaison. Cela montre qu’en plus de la hausse des températures, l’apport de nutriments a augmenté presque partout.
Un autre résultat des analyses concernait le début de l’enherbement chaque année et sa durée. « Nous avons observé sur tous les sites un décalage vers un verdissement plus précoce et un léger décalage vers un vieillissement plus tardif », écrivent les auteurs.
Les chenils présentent des avantages et des risques
L’équipe de recherche estime qu’en plus de l’effet fertilisant direct dû aux matières fécales et aux aliments, une protection indirecte des oiseaux sauvages comme les oies et les canards pourrait également jouer un rôle. En effet, ces derniers, attirés par la protection, s’approchent davantage des chenils pour s’y nourrir et aussi pour s’y reproduire, ce qui pourrait entraîner un renforcement de la fertilisation.
Mais comme l’étude n’a considéré que la végétalisation des sites, l’équipe d’auteurs met en garde contre des conclusions directes trop rapides. Les chercheurs estiment qu’il est impératif de procéder à une étude directe supplémentaire des sites sur la composition chimique du sol, de comparer les communautés végétales et leur composition en espèces et de comparer les données physiques afin de pouvoir déterminer les causes de l’enherbement plus important. En effet, la question se pose de savoir si l’enherbement est directement lié aux excréments ou s’il est le résultat d’un apport continu de nutriments.
En outre, ils mettent également en garde contre les risques que pourraient représenter les chenils et leurs habitants. Ils citent notamment l’apport de substances nocives, la surfertilisation et la propagation d’espèces végétales non indigènes, beaucoup plus fréquentes dans ces lieux. En outre, il existe un risque de transmission de maladies des oiseaux sauvages aux chiens et inversement, un aspect particulièrement important au vu de la vague de grippe aviaire qui sévit actuellement.
Dr. Michael Wenger, PolarJournal
Lien vers l’étude : Gallois et al (2023) Preprint EcoEvoRxiv, Paws for thought : Impacts of animal husbandry on tundra 2 greening in High Arctic Svalbard
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