Les glaciers arctiques à l’heure de la fonte
Un article publié par le European Geosciences Union fait le bilan du retrait de la ligne de neige des glaciers arctiques sur les quarante dernières années, alors que la NASA vient de publier des images inquiétantes des glaciers du Svalbard.
Cent-cinquante-deux mètres. C’est en moyenne le recul de la ligne de neige sur les glaciers arctiques sur les 40 dernières années.
Telles sont les conclusions d’une recherche publiée le 15 août dernier sur le site de la European Geosciences Union (EGU). Tous situés au-delà du 60ème parallèle, les 269 glaciers compris dans l’étude ont fait l’objet d’une analyse attentive par des chercheurs qui se sont penchés sur les images prises par des satellites Landsat entre 1984 et 2022.
Et ce que l’équipe de recherche, menée par Laura J. Larocca, professeure assistante à la Northern Arizona University, a découvert est pour le moins inquiétant : la ligne de neige des glaciers arctiques n’a cessé d’augmenter au cours des dernières décennies. Rappelons qu’un glacier se forme grâce aux chutes de neige qui s’accumulent et se tassent. L’air contenu dans la neige est alors expulsé et se transforme en glace.
Constamment en mouvement, la masse de glace, qui constitue un glacier, doit être renouvelée. Ainsi, une partie du glacier est formée par la zone d’accumulation où les chutes de neige se transforment en glace. Cette zone, délimitée par la ligne de neige, correspond à la partie où la neige ne fond pas, même en été, protégeant du même coup la glace déjà accumulée.
Or, si cette ligne de neige prend de l’altitude, la glace est exposée et la fonte sera plus importante.
Mais ce n’est pas tout. Les chercheurs ont également constaté une diminution globale des chutes de neige, une augmentation des précipitations et une diminution du nombre total de jours où la température moyenne quotidienne était inférieure ou égale à 0°C.
Des effets qui se conjuguent et qui risquent fort de peser lourd dans le futur des glaciers arctiques. Selon les auteurs de l’étude, 50% des glaciers étudiés pourraient voir leur ligne de neige disparaître totalement en été d’ici à 2100 si la tendance observée se poursuit.
Un constat que semble déjà corroborer les observations menées par la NASA au-dessus du Svalbard.
Prises le 9 août dernier, et publiées sur le site de l’agence spatiale sous le titre évocateur « Le Svalbard fond », les images satellites de Landsat 8 montrent en effet le Nordaustlandet, île située au nord-est de l’archipel, en piteux état.
En cause, un réchauffement climatique qui touche durement le Svalbard conjugué à un été torride qui a vu les températures s’envoler. Le 11 août dernier, sa capitale, Longyearbyen, enregistrait son dernier record de chaleur avec 20,3°C, soit quatre degrés de plus que la moyenne habituelle.
Résultat : neige saisonnière et neige plus ancienne ont fondu, exposant ainsi les zones de glace des glaciers et battant au passage un triste record. Le 23 juillet dernier, le Svalbard déversait 55 millimètres d’équivalent eau, soit un taux cinq fois supérieur à la normale.
Cette gigantesque fonte a probablement relâché d’importantes quantités de sédiments dans les eaux entourant Nordaustlandet que l’on voit sous forme de tourbillons colorés s’échappant des côtes. Difficile à l’heure actuelle de savoir quel impact cette importante concentration de sédiments pourrait avoir à son tour sur les organismes marins qui ont besoin de lumière pour leur développement ou leur survie.
Mirjana Binggeli, Polar Journal AG
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