Les incendies arctiques comme signal d’alarme climatique

Les incendies de forêt touchent de plus en plus des régions de l’Arctique longtemps considérées comme trop froides et trop humides pour des feux de grande ampleur. Du versant nord de l’Alaska aux forêts de Sibérie, jusqu’au nord du Canada, les chercheurs observent une nette augmentation de l’activité des incendies, avec des conséquences qui dépassent largement les zones directement concernées.
Des analyses scientifiques de carottes de tourbe et de données satellitaires montrent que les grands incendies sur le versant nord de l’Alaska étaient rares pendant des millénaires. Ce n’est qu’au cours du XXᵉ siècle qu’un changement marqué s’est produit. Selon une nouvelle étude publiée dans la revue spécialisée Biogeosciences, les incendies de forêt sur le North Slope de l’Alaska ont été plus intenses au cours du siècle dernier qu’à tout autre moment des 3 000 dernières années.
En Sibérie et au Canada également, des saisons d’incendies exceptionnellement graves ont été enregistrées ces dernières années. Dans certaines régions de la Sibérie centrale, l’activité des feux a presque doublé d’après l’analyse des données satellitaires.

Les causes résident principalement dans le réchauffement rapide de l’Arctique. Le dégel du pergélisol assèche des sols auparavant gelés en permanence et les rend plus inflammables. Parallèlement, la végétation évolue : les arbustes et les ligneux s’étendent vers le nord et remplacent des plantes typiques de la toundra telles que les mousses et les carex. Cette évolution augmente la biomasse disponible et favorise des incendies plus intenses. Dans de nombreuses régions, un nouveau régime de feux s’installe, avec des incendies plus fréquents, plus durables et plus difficiles à maîtriser.
Particulièrement préoccupant est le phénomène des «feux zombies». Ces incendies couvent sous terre dans les couches de tourbe et d’humus et peuvent survivre tout l’hiver. Protégés par la couverture isolante de la neige, ils continuent de se consumer pendant des mois sous la surface et se rallument au printemps. Avec des étés plus longs et plus chauds et des sols toujours plus secs, le nombre de ces feux hivernants pourrait augmenter.

Les sols arctiques stockent d’énormes quantités de carbone accumulées au fil des siècles, voire des millénaires. Lorsque les incendies atteignent ces couches, ils libèrent de grandes quantités de dioxyde de carbone et de méthane. Cela renforce encore le réchauffement climatique mondial, un dangereux effet de rétroaction dans lequel la hausse des températures favorise davantage d’incendies, qui à leur tour libèrent encore plus de gaz à effet de serre.
Outre les impacts climatiques, les écosystèmes, la faune et les communautés autochtones souffrent également de l’augmentation des incendies. La fumée peut parcourir des milliers de kilomètres et dégrader la qualité de l’air bien au-delà de l’Arctique.
L’intensification croissante des incendies de forêt arctiques montre que le Grand Nord est en pleine transformation. La région est de plus en plus au centre des recherches internationales et des politiques climatiques, en tant que système d’alerte précoce d’un réchauffement mondial en accélération.
Heiner Kubny, PolarJournal