Les ombles chevaliers profitent de la fonte au Svalbard
Au Svalbard, les poissons d’eau douce bénéficient d’une eau légèrement plus chaude que d’habitude dans les lacs qu’ils habitent, ce qui pourrait être de plus en plus bénéfique pour la pêche, du moins tant que les glaciers existeront.
De l’omble chevalier au menu des restaurants de l’archipel du Svalbard, ce n’est pas rare, et cela s’explique facilement : c’est le seul poisson d’eau douce de l’archipel. Sa chaire est aussi tendre et savoureuse que celle de la truite, une espèce parente. L’omble chevalier est le poisson d’eau douce le plus nordique de la planète et bénéficie du réchauffement climatique depuis plusieurs décennies. Une étude suèdo-norvégienne, publiée le 23 décembre dernier dans la revue Fishes, montre que les ombles chevaliers du Svalbard devrait continuer à croître, puis, à plus long terme, diminuer et éventuellement disparaître. Ils seraient alors victimes de ce qui aura fait leur succès : l’augmentation de la température.
L’étude s’est concentrée sur deux lacs dans l’ouest, le Dieset et le Linnévatn. Deux des 20 lacs où les populations d’ombles sont bien établies. En mesurant la fréquentation des poissons dans les rivières qui relient les lacs à la mer, les chercheurs montrent que leurs migrations ont augmenté. Dans les années 1990, entre 500 et 900 ombles remontaient le cours d’eau du lac Dieset chaque année. Et durant les dernières décennies, ils étaient 2 000 ombles en moyenne chaque année. Sur le lac Linnévatn, entre 2008 et 2017, 2 500 ombles par an remontaient cet autre cours d’eau.
Ces poissons migrent vers la mer et reviennent dans les lacs pour se reproduire… enfin une partie d’entre eux seulement. Ceux qui migrent modifient leur métabolisme pour passer de l’eau douce à l’eau de mer et vice versa. À leur retour dans le lac, ils pondent entre 3 000 et 5 000 œufs sur les fonds formés par des graviers. Les jeunes deviennent matures au bout de 6 à 11 ans et ils peuvent vivre pendant plusieurs décennies. Dans le meilleur des cas connus, ils peuvent avoisiner le mètre de longueur.
Ces poissons sont des proies de choix pour les sternes arctiques, les ours polaires et les phoques. L’omble est aussi commercialisé et attire pêcheurs sportifs et pêcheurs professionnels en Arctique et au Svalbard. La pêche est officiellement ouverte du 1er janvier au 15 octobre inclus pour les détenteurs d’un permis – à demander au gouverneur. Seuls les résidents de l’île peuvent pêcher au filet. L’engin de pêche ne doit alors pas mesurer plus de 25 m sur une hauteur n’excédant pas 1,8 m avec une maille d’au moins 52 mm. Toutes les captures doivent être déclarées au gouverneur de l’archipel pour la maîtrise des quotas.
Image de gauche : Nils Rinaldi / Wikimedia Common
Jeune omble dans un aquarium du Centre arctique – Université de Laponie.
Image de droite : Xepheid / Wikimedia Common
Le développement des ombles au Svalbard est corrélé à l’augmentation de la température. Les chercheurs ont, pour le découvrir, analysé les cercles de croissance d’otolithes – un os qui croît tout au long de la vie de l’animal. Ils ont ainsi pu voir, entre 1960 et 2008, l’effet des périodes froides et des périodes chaudes sur la croissance des jeunes.
L’augmentation du développement des ombles s’explique par le fait que la débâcle de la glace est plus précoce et que la formation de cette glace est plus tardive. Au Svalbard, les lacs restent normalement gelés entre 9 et 12 mois de l’année en moyenne, mais ici, moins de glace, c’est aussi une eau un peu plus chaude pour les ombles. Une légère augmentation suffit à favoriser la croissance des poissons. Par exemple, dans le lac Øvre Heimdalsvatn en Norvège, 1°C d’augmentation a entraîné 10 % de croissance chez les truites. Au Svalbard, rappelons-le, la température maximale de l’eau est de 6 à 8°C en été.
L’atmosphère du Svalbard s’est réchauffée de 3 à 5°C au cours des 4 à 5 dernières décennies, et il faut s’attendre à une augmentation de plus 3 à 8°C au cours des cent prochaines années. Bien que l’augmentation des chutes de neige et que l’eau de fonte des glaciers temporisent l’effet du réchauffement, les lacs devraient continuer à se réchauffer. Les chercheurs prévoient que l’augmentation des populations d’ombles pourrait justifier des quotas de pêche plus importants dans le futur.
À plus long terme, dans le scénario le plus inquiétant, la fonte et la disparition des glaciers du Svalbard devraient entraîner l’assèchement des cours d’eau et l’impossibilité pour les ombles de migrer. Ce qui, selon les auteurs, provoquerait l’éventuelle disparition de l’espèce des lacs et des bras de mer de l’archipel.
Camille Lin, PolarJournal
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