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Les orques ménopausées protègent davantage leur fiston

Mirjana Binggeli 25 juillet 2023 | Animaux, Science
Les épaulards mâles (en arrière-plan) restent en étroite association avec leur mère durant toute la durée de leur vie, ce qui peut leur permettre de bénéficier de plusieurs façons du soutien social fourni par une mère post-reproductrice. Photo : Michael Wenger.

Les orques femelles ménopausées sont très protectrices vis-à-vis de leur fils, au point de leurs éviter des interactions sociales agressives au sein du pod. Par contre, les filles et les petits-enfants ne bénéficient pas de ce traitement protecteur maternel.

Près de 7 000 photographies de 103 orques résidentes du Sud (Orcinus orca). Couvrant 50 ans de données démographiques, ces données constituent la base utilisée dans une étude récemment publiée dans Current Biology, et qui parvient à la conclusion que les orques ménopausées réduisent les blessures sociales infligées à leur progéniture mâle. C’est du moins le résultat obtenu pour la population d’orques résidentes du Sud, un écotype génétiquement distinct dont l’habitat principal pendant les mois d’été est constitué par les eaux côtières de l’État de Washington (États-Unis) et de la Colombie-Britannique (Canada). Cette population, composée de trois pods, compte environ soixante-dix individus.

Et cette protection ne semble s’appliquer qu’à leurs fils, les orques femelles post-reproductrices ne semblant pas protéger leurs filles, leurs petits-enfants ou d’autres jeunes de leur unité sociale. « Le même effet n’est pas observé chez les femelles, ce qui prouve que le soutien social est dirigé vers la progéniture mâle et peut être une voie clé par laquelle les femelles post-reproductrices aident leurs proches. », relève Charli Grimes, éthologue à l’Université d’Exeter et principale auteure de l’article.

Au sein de leur unité sociale (ou pod), les mâles qui ont une mère post-reproductive ont 45% de moins de risque de subir des morsures que les mâles qui n’ont plus de mère et 35% de moins que ceux dont la mère est toujours en âge de procréer. Illustration : Grimes et al.

À ce jour, le phénomène de la ménopause n’a été identifié que chez six espèces. L’humain et cinq espèces de baleines à dents, dont les orques. Généralement considérée comme reproductive entre 12 et 40 ans, toute femelle orque ayant dépassé la quarantaine est considérée comme post-reproductive. La durée de vie moyenne des femelles orques de l’écotype résidant du Sud est d’environ 50 ans, mais certains individus peuvent atteindre 60 ou 70 ans. Ces femelles peuvent donc espérer vivre plus de 20 ans après le début de la ménopause, ce qui leur laisse beaucoup de temps pour s’occuper de leur progéniture mâle.

Pourquoi protéger leur fils…

La découverte faite par l’équipe de chercheurs pose la question du rôle que le soutien social a joué dans l’évolution de la ménopause chez les orques. « Pour qu’une durée de vie post-reproductive prolongée évolue, il doit exister une voie par laquelle les femelles post-reproductrices peuvent aider leurs proches. » Et cette voie pourrait passer par l’augmentation des chances de survie et du succès reproducteur de leurs fils adultes.

L’observation des orques et de leurs interactions par les drones pourrait fournir plus de données et permettre de comprendre le type de soutien social que les femelles post-reproductrices apportent à leur progéniture et quels bénéfices cette dernière en retire. Photo : NOAA Fisheries.

Protégés ainsi par leur mère, les épaulards mâles peuvent bénéficier de plusieurs façons de ce soutien social, tels que le partage de nourriture ou la protection contre les interactions agressives avec d’autres membres du pod. Moins de morsures signifient moins de blessures et donc moins de risque de voir se développer une infection, notamment de type fongique, qui peut s’avérer mortelle pour l’animal.

Toutefois, les femelles ne semblent pas utiliser la force pour protéger leur rejeton. Elles semblent même se tenir à l’écart des confrontations physiques, comme en atteste le peu de blessures sur leur corps : « Les femelles post-reproductrices présentent la densité de râteau la plus faible de toutes les classes d’âge, reflétant potentiellement un manque d’implication physique directe dans le conflit. », relèvent les auteurs.

Les marques dites de râteau dentaire sont de fines lignes blanches et parallèles qui apparaissent lorsque les dents d’un autre animal perforent la peau. Ces lignes permettent d’observer indirectement les interactions sociales de ces animaux. Image : Center for Whale Research.

…mais pas leurs filles ?

Pourquoi le soutien est-il dirigé vers les fils plutôt que vers les filles ? « Ce modèle de soins maternels peut s’expliquer par la théorie de la dynamique de la parenté qui prédit que les femelles devraient diriger de préférence leur comportement d’aide vers leurs fils. » Autrement dit, lorsqu’une femelle s’accouple hors du groupe, le veau est élevé au sein de son pod, ce qui représente un coût pour ce dernier. A l’inverse, le mâle qui se reproduit dans un autre groupe social ne fait pas peser ce poids sur son groupe.

Autre avantage de protéger un descendant mâle est que ce dernier se reproduira davantage qu’une femelle, transmettant donc davantage de gènes, à plusieurs partenaires de différents pods.

L’étude actuelle n’ayant porté que sur les orques du Pacifique Nord-Ouest, il sera intéressant de voir si d’autres groupes d’orques de l’hémisphère Nord et de l’hémisphère Sud présentent un comportement similaire.

Mirjana Binggeli, PolarJournal

Lien vers la recherche : Grimes et al, Postreproductive female orcas reduce socially inflicted injuries in their male offspring, Current Biology (2023), https://doi.org/10.1016/j.cub.2023.06.039

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