L’exploitation des fonds marins pour une transition verte ? Le paradoxe norvégien
Hier après-midi, le Parlement norvégien a officiellement accepté d’ouvrir les fonds marins à l’exploitation minière à des fins commerciales. La zone qui pourrait être concernée s’étend du Svalbard à l’île Jan Mayen et occupe 280 000 kilomètres carrés de fonds marins arctiques.
Malgré les protestations et les mises en garde des organisations environnementales, des scientifiques ou de nombre de politiciens, la Norvège a décidé d’aller de l’avant dans ce projet. Ou plutôt, pour reprendre les termes de Frode Pleym, directeur de Greenpeace Norway à CNN, de faire « un grand pas dans la mauvaise direction ».
Largement acceptée à 80 voix contre 20, la Norvège est devenue la première nation au monde à ouvrir une exploitation pourtant dénoncée pour les dégâts qu’elle pourrait générer. Les fonds marins sont encore largement inexplorés et on ignore quel pourrait être l’impact d’activités minières sur des écosystèmes déjà fragilisés par la pollution, la pêche et le réchauffement climatique. Sans oublier l’impact sur les espèces animales, dont les baleines qui traversent ces eaux et qui pourraient fortement être perturbées par la pollution sonore engendrée par des activités minières.
D’où l’opposition massive que le projet norvégien a rencontré à l’international malgré les promesses du gouvernement de n’autoriser l’extraction que si l’industrie peut démontrer qu’elle peut être réalisée de « manière durable et responsable ». En novembre dernier, une centaine de politiciens européens avaient adressé une lettre ouverte au parlement de Norvège leur demandant de renoncer à autoriser le projet. Une autre pétition, signée par plus de 800 scientifiques, avait également été adressée aux autorités. Sans succès.
Le projet d’exploitation minière en haute mer est né l’année dernière avec une étude norvégienne portant sur la découverte d’importants gisements de métaux et de minéraux rares (cobalt, cuivre, nickel, manganèse, zinc) dans les fonds marins du plateau continental étendu.
Ces métaux sont utilisés, entre autres, dans la fabrication de panneaux solaires, d’éoliennes ou encore de batteries pour les voitures électriques. Point de transition énergétique ni d’économie verte sans ces métaux. Ils sont donc cruciaux pour la transition énergétique que la Norvège a amorcée et l’exploitation minière des fonds marins pourrait bien lui fournir ces métaux sans devoir dépendre de l’importation de gisements étrangers.
À l’heure actuelle, la décision du Parlement va surtout ouvrir la voie à l’exploration. Car avant d’aller exploiter, il faudra surtout s’assurer de la faisabilité et de l’intérêt économique d’une exploitation minière en Arctique où les minéraux sont difficiles à extraire. En outre, si le Parlement a validé le projet, il devra encore approuver la délivrance des licences d’exploitation le moment venu. Autrement dit, les premières plateformes minières au large du Svalbard ne sont pas pour demain.
Reste toutefois à savoir comment la Norvège va gérer ce paradoxe : assurer sa transition vers une économie verte grâce notamment à une exploitation minière, potentiellement dévastatrice et polluante, des fonds marins dans une région particulièrement fragile. Les partisans de la décision prise par la Norvège arguent que, effectivement, l’exploitation minière en haute mer n’est pas sans conséquences écologiques mais qu’elle permettra aussi de transitionner plus rapidement vers des énergies propres et, donc, à terme de générer moins d’émissions de carbone que si l’on s’en tient à l’exploitation minière terrestre. Un argument qui toutefois ne convainc pas les milieux scientifiques et écologiques.
Autre enjeu, quelles répercussions aura la décision de la Norvège sur d’autres pays qui ambitionnent une exploitation minière en haute mer ? Alors que la Norvège a souvent mis l’accent sur son engagement écologique, la décision qu’elle vient de prendre pourrait ouvrir une boîte de Pandore, alors même que l’Autorité internationale des fonds marins est encore en train de plancher sur une réglementation de l’exploitation minière dans les eaux internationales.
Mirjana Binggeli, PolarJournal
En savoir plus sur le sujet


