Projet de loi sur la pêche, une consultation qui passe mal
La nouvelle loi sur la pêche fait parler d’elle au Groenland et le point principal de discorde porte sur le délai de consultation, jugé trop court pour un sujet aussi important pour l’île et ses habitants.
Soumises à consultation à fin novembre dernier, les propositions de loi sur la pêche font l’objet de vives critiques de la part des pêcheurs, des leurs organisations ou d’élus locaux. En cause, le délai de consultation au 24 janvier fixé par le ministère de la pêche et de la chasse et dirigé par le social-démocrate (Siumut) Kim Kielsen. Huit semaines à peine pour un texte de plus de 150 pages, réparties en 16 chapitres, et qui porte sur un sujet crucial pour le pays, c’est bien trop court. En tout cas, c’est le discours des nombreuses voix qui se sont élevées pour protester contre ce délai et demander qu’il soit rallongé. Sans succès. Kim Kielsen est resté inflexible.
La loi sur la pêche actuelle remonte à 1996. Bien qu’elle ait subi plusieurs modifications, elle n’a jamais été véritablement refondue en trente ans et les précédents ministres en charge de la pêche et de la chasse se sont tous plus ou moins cassé les dents sur un révision de la loi.
Des sujets complexes portant sur un sujet crucial. Les pêcheurs ont demandé à avoir plus de temps pour étudier le texte et en comprendre tous les tenants et aboutissants. Une demande balayée par Kielsen au motif que le rapport de la commission, dont sont issues les propositions, avait déjà été présenté deux ans auparavant : « Le rapport de la commission a été présenté en septembre 2021, c’est-à-dire il y a plus de deux ans, et toutes les parties intéressées ont eu la possibilité de calculer elles-mêmes les mesures possibles pendant les travaux de la commission », selon le ministre cité par Sermitsiaq le 15 janvier dernier. « […] par la suite, des séminaires de pêche ont eu lieu à Ilulissat et Nuuk, des réunions citoyennes dans tout le pays ainsi que des réunions avec toutes les parties prenantes concernant la nouvelle loi. »
Or, le nombre de réunions publiques a également été pointé du doigt. Cité dans un communiqué de presse publié sur le site d’Avannaata Kommunia le 10 janvier dernier, le maire de la commune, Palle Jerimiassen encourageait le ministre à tenir plus de réunions, notamment à Uummannaq, Upernavik et Qaanaaq : « […]Les pêcheurs peuvent à juste titre s’attendre à avoir un dialogue approprié avec le ministre, afin qu’ils puissent à la fois présenter correctement la nouvelle loi et apporter de précieuses contributions à la poursuite du travail sur la loi sur la pêche ».
Un sujet sensible comme en témoigne le texte de loi brûlé par des pêcheurs à Maniitsoq. Un geste de colère qui pourrait bien être suivi dans d’autres localités. Le président de l’association des pêcheurs et chasseurs de Sisimiut, Ulloriaq Olsen, avait déclaré comprendre la démarche, précisant que les pêcheurs locaux en feront probablement de même.
Économiquement, la pêche représente 90% de l’exportation et près de 30% du revenu brut. Pour l’année 2023, par exemple, les exportations ont atteint plus de cinq milliards de couronnes danoises (plus de 700 millions d’euros). Une véritable manne financière pour l’économie locale, en particulier pour la côte ouest du pays, soit principalement Avannaata Kommunia d’où provient 50% des revenus globaux liés à l’exportation de la pêche. En outre, les quelques 10 000 habitants de cette commune dépendent directement ou indirectement des revenus de ce secteur.
Mirjana Binggeli, PolarJournal
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