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Rétrospective polaire – DOGE et la recherche antarctique, un virus contagieux, des tanières d’ours polaires observées et des orques dans l’Arctique

Polar Journal AG Team 3. mars 2025 | Antarctique, Arctique, Science

La rétrospective polaire se penche sur des histoires récentes concernant les régions polaires du monde entier. Cette semaine, nous nous intéressons à la grippe aviaire hautement pathogène qui se propage dans les îles subantarctiques, aux nouvelles technologies de surveillance des tanières d’ours polaires dans l’Arctique, à l’impact des coupes budgétaires de la DOGE et aux orques qui ont trouvé un nouveau foyer dans l’Arctique.

La station du pôle Sud Amundsen-Scott, gérée par les États-Unis, fait désormais partie des nombreuses bases antarctiques qui risquent d’être affectées par l’agence DOGE d’Elon Musk.

La Rétrospective Polaire est un effort de collaboration de l’équipe de Polar Journal AG. Chaque auteur choisit un sujet qu’il a trouvé intéressant et important au cours de la semaine écoulée. Les initiales à la fin de chaque section indiquent l’auteur.

La grippe aviaire dans les îles subantarctiques : L’Australie et la Nouvelle-Zélande bientôt touchées ?

La plage de sable sombre de la baie des Cascades, dans l’archipel des Kerguelen, est un site de reproduction privilégié pour les éléphants de mer du Sud et, grâce à sa relative proximité avec la station de Port-aux-Français, un site d’étude pour le Centre d’Etude Biologique de Chizé et l’Institut Polaire Français. Image : Camille Lin

Grands et vulnérables, les éléphants de mer meurent en grand nombre dans les Terres australes et antarctiques françaises (TAAF). Selon une étude publiée le 25 février dans les archives bioRxiv online preprint, le virus hautement pathogène de la grippe aviaire en est en grande partie responsable. Il proviendrait de l’Atlantique Sud et non de l’Afrique du Sud, le continent le plus proche.

« Un grand saut d’un seul coup », explique Jérémy Tornos, éco-épidémiologiste au Centre d’Écologie Fonctionnelle et Évolutive de Montpellier. « Il arrive directement de la Géorgie du Sud, et entre les deux, il y a très peu de terre ». L’île Bouvet ne dispose pas d’observatoire scientifique, et la contamination suspectée sur les îles du Prince-Édouard est en cours d’analyse, bien qu’aucune mortalité massive n’ait été enregistrée.

Selon l’hypothèse la plus sérieuse émise par les chercheurs, le responsable des introductions à Crozet et Kerguelen serait le pétrel géant, charognard et voyageur au long cours. Le skua pourrait également être l’un de ces porteurs contagieux résistants à la maladie. Les auteurs estiment que les îles subantarctiques d’Australie et de Nouvelle-Zélande, jusqu’ici épargnées, sont gravement menacées.

Actuellement, la grippe est toujours active à Crozet et à Kerguelen. « Le comptage des morts est difficile, car les corps disparaissent rapidement, mangés ou emportés par la marée », déplore le chercheur. « Les vivants se déplacent beaucoup, il faudra donc attendre un ou deux ans pour obtenir des chiffres de mortalité fiables grâce au marquage des individus. »

A Crozet, sur les 8 sites visités cet été, seule la baie de Lapérouse semble avoir été épargnée, et 4 espèces ont été testées positives par PCR en plus des éléphants. A Kerguelen, les goélands et skuas du Cap Ratmanoff sont contaminés, ainsi que les phoques emblématiques. Les phoques ont été touchés deux mois après les premières observations chez les oiseaux des deux archipels. La transmission des oiseaux aux mammifères est l’hypothèse la plus forte de cette mortalité massive. C.L.

Lien vers l’étude : Clessin, A., Briand, F.-X., Tornos, J., Lejeune, M., Pasquale, C.D., Fischer, R., Souchaud, F., Hirchaud, E., Bralet, T., Guinet, C., McMahon, C.R., Grasland, B., Baele, G., Boulinier, T., 2025. Événements de mortalité massive dans l’océan Indien subantarctique causés par la propagation circumpolaire à longue distance de l’influenza aviaire hautement pathogène H5N1 du clade 2.3.4.4b. https://doi.org/10.1101/2025.02.25.640068.

Camera and collar for better observation of polar bear dens

Grâce à un système de caméras, les scientifiques ont pu obtenir des images inédites d’ours polaires autour de leur tanière. Vidéo : Polar Bears International / Vimeo

Il est difficile pour les scientifiques d’observer une femelle ours polaire sortir de sa tanière avec ses petits. Pour mettre bas, une femelle ours polaire creuse une tanière sous la neige et donne naissance à un à trois oursons, généralement en décembre. Pesant moins d’un kilo à la naissance, les oursons passent les premiers mois de leur vie blottis contre leur mère, se nourrissant de son lait riche en graisses. Ils prendront 10 à 15 kilos avant de voir la lumière du jour pour la première fois, lorsque toute la famille sortira de sa tanière au début du printemps.

Cette étape cruciale de la vie d’un ours polaire est encore mal connue. En effet, les femelles creusent leur tanière dans un paysage changeant, difficile d’accès pour les chercheurs, ce qui complique le suivi de leurs traces et l’observation du comportement des ours autour de la tanière.

Pour combler cette lacune, une équipe de chercheurs a utilisé une combinaison de colliers GPS et de caméras à distance pour suivre et observer le comportement de treize ours du Svalbard sur une période de six ans. Leurs résultats ont été publiés le 26 février dans The Journal of Wildlife Management.

Après avoir équipé les femelles de colliers, les scientifiques ont pu déterminer avec précision l’emplacement de leurs tanières avant de placer à proximité des caméras alimentées par des piles.

Les milliers d’images recueillies ont permis de mieux étudier le comportement des ours autour de leur tanière, révélant une diversité de comportements qui a surpris les chercheurs. Certaines familles d’ours sont sorties de leur tanière et n’ont passé que quelques jours dans la région avant de la quitter définitivement. D’autres familles sont restées pendant un mois, tandis que d’autres encore se sont installées dans une nouvelle tanière.

Une autre constatation est que les familles observées ont quitté leur tanière vers le 9 mars. C’est une semaine plus tôt que les observations précédentes dans la région du Svalbard. Si cette tendance se confirme, il pourrait s’agir d’un signe que le réchauffement climatique entraîne une sortie plus précoce des ours.

Quoi qu’il en soit, l’étude souligne la nécessité de surveiller et de protéger les zones où les ours font leur tanière. Ces mesures sont cruciales pour les oursons qui s’acclimatent progressivement à l’environnement arctique. M.B.

Lien vers l’étude : Archer L. C., B. Kirschhoffer, J. Aars, D. K. James, K. M. Miller, N. W. Pilfold, J. Sulich et M. A. Owen.

La recherche antarctique américaine confrontée à des difficultés en raison des coupes budgétaires du ministère de l’environnement et de l’aménagement du territoire (DOGE)

La station américaine Amundsen-Scott du pôle Sud. Photo : Daniel Leussler / Wikimedia, CC BY-SA 3.0

Le département de l’efficacité gouvernementale (DOGE) d’Elon Musk a procédé à d’importantes coupes budgétaires et à des licenciements dans diverses agences fédérales américaines, y compris celles qui supervisent la recherche en Antarctique, selon un rapport de WIRED. La National Science Foundation (NSF), qui gère le United States Antarctic Program (USAP), a vu le licenciement de plusieurs responsables de programmes essentiels au fonctionnement de ses trois stations permanentes en Antarctique.

Ces stations mènent des recherches essentielles sur le changement climatique, l’élévation du niveau de la mer et les phénomènes cosmiques. La perte de personnel clé a entraîné une incertitude quant à la poursuite des projets scientifiques et à l’entretien de ces installations éloignées.

Les réductions de personnel ont déjà perturbé les activités quotidiennes des stations antarctiques américaines McMurdo, Palmer et de la station du pôle Sud Amundsen-Scott. Les chercheurs craignent que des interruptions, même brèves, n’entraînent des retards à long terme, dont il faudrait des décennies pour se remettre. L’absence de gestionnaires de programme expérimentés empêche une communication efficace entre les scientifiques et les équipes logistiques, ce qui compromet la planification et l’exécution des missions de recherche.

Au-delà des défis scientifiques immédiats, les coupes budgétaires de la DOGE menacent également la coopération internationale en Antarctique. De nombreux projets de recherche conjoints dépendent des infrastructures et du personnel américains, et avec les réductions de personnel et les éventuelles fermetures temporaires de stations, d’autres nations pourraient également avoir du mal à poursuivre leurs travaux. De plus, avec la réduction des programmes de recherche américains, les scientifiques américains pourraient chercher des opportunités dans les programmes antarctiques européens, canadiens, chinois ou russes, ce qui pourrait entraîner une fuite des cerveaux.

En outre, le système du traité sur l’Antarctique, qui régit les activités internationales sur le continent, repose sur un leadership scientifique fort de la part d’acteurs majeurs comme les États-Unis. Un affaiblissement de la présence américaine pourrait permettre à d’autres nations d’étendre leur influence, en particulier la Chine et la Russie, qui ont investi massivement dans de nouvelles stations de recherche et infrastructures dans l’Antarctique. Si l’épine dorsale logistique des opérations américaines en Antarctique s’affaiblit, les pays alliés devront peut-être chercher d’autres partenariats, voire renforcer les liens géopolitiques entre les programmes de recherche non occidentaux.

Si les coupes budgétaires de la DOGE se poursuivent, les conséquences à long terme pourraient aller au-delà des échecs scientifiques, en modifiant potentiellement la dynamique du pouvoir dans l’Antarctique, en affaiblissant la surveillance environnementale et en remodelant le leadership scientifique mondial dans les régions polaires. J.H.

Les orques menacées restent désormais dans l’Arctique toute l’année

Les orques sont surtout présentes dans les eaux subarctiques, mais s'aventurent parfois dans les eaux froides des régions polaires. Ces deux orques ont été observées en Antarctique.  Photo : Michael Wenger
Les orques sont surtout présentes dans la région subarctique, mais s’aventurent parfois dans les eaux plus froides des régions polaires. Ces deux-là ont été observés en Antarctique. Photo : Michael Wenger

Le changement climatique transforme l’Arctique à un rythme rapide, bien plus rapide que sur le reste de la planète. Les écosystèmes changent déjà rapidement et de nombreuses espèces indigènes sont menacées d’extinction.

Mais, comme le dit le proverbe, tout nuage a une lueur d’espoir et, en l’occurrence, les orques, également connues sous le nom d’épaulards, sont l’un des bénéficiaires du réchauffement des eaux arctiques. Une étude récente de l’université du Manitoba a ainsi observé que deux populations d’orques génétiquement distinctes vivent désormais en permanence dans l’Arctique, et non plus seulement pendant l’été comme c’était le cas auparavant.

Selon l’étude, les deux populations semblent avoir récemment diminué en taille et pourraient avoir trouvé refuge dans les eaux désormais plus habitables de l’est de l’Arctique canadien.

Si ce nouveau mode de migration peut profiter aux orques elles-mêmes, l’étude souligne que l’introduction d’un nouveau prédateur au sommet de la chaîne alimentaire constitue un danger pour les réseaux alimentaires existants, qui contribuent en fin de compte à nourrir la population inuite locale. O.E.

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