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Rétrospective polaire – L’arrêt des forages, un Arctique libre de glace et un manchot tout noir

Polar Journal AG Team 10. décembre 2024 | Antarctique, Arctique, Science

La rétrospective polaire se penche sur les événements récents survenus dans les régions polaires du monde. Cette semaine, nous partageons la vidéo d’un manchot royal entièrement noir. Nous nous penchons également sur une sombre prédiction concernant l’avenir de la couverture glaciaire de l’Arctique, mais sur une bonne nouvelle pour les fonds marins de l’Arctique.

La Rétrospective Polaire est un effort de collaboration de l’équipe de Polar Journal AG. Chaque auteur choisit un sujet qu’il a trouvé intéressant et important au cours de la semaine écoulée. Les initiales à la fin de chaque section indiquent l’auteur.

Un roi noir en Géorgie du Sud

Les images tournées sur les plages de Géorgie du Sud montrent un manchot royal entièrement noir. Vidéo : Compass Media / YouTube

Non, il ne s’agit pas d’images générées par une intelligence artificielle. Le manchot royal entièrement noir récemment repéré en Géorgie du Sud est bien réel. Observé en novembre dernier par des guides à bord d’un navire, il a été immortalisé par le photographe belge Yves Adams.

Ce n’est pas la première fois qu’un tel phénomène est observé. En 2010, un manchot entièrement noir a été repéré dans la baie de Fortuna, également en Géorgie du Sud. Un autre manchot empereur noir a également été repéré et filmé par une équipe de la BBC en 2019. Cet individu a été observé dans une colonie de la Terre de la Reine Maud. Plus récemment, en décembre 2022, un manchot papou a été repéré par des scientifiques dans une colonie en Antarctique.

S’il y a eu plusieurs observations, cette condition reste toutefois extrêmement rare. Le plumage entièrement noir est en effet lié à un cas de mélanisme. Il s’agit d’une mutation génétique qui conduit à une production anormalement élevée de mélanine, le pigment responsable notamment de la couleur des plumes. A l’inverse, des manchot (presque) tout blanc ont aussi été observés. A l’image d’un papou, observé en début d’année, et dont le plumage clair était le résultat d’un leucisme, une mutation génétique due à un gène récessif.

Que leur coloration soit plus foncée ou plus claire que le phénotype habituel de leur espèce, les individus atteints de mélanisme, de leucisme ou d’albinisme peuvent être plus vulnérables dans leur environnement naturel. Chez le manchot royal, comme chez d’autres espèces de manchots, le ventre blanc permet à l’animal de se confondre avec la surface lorsqu’il nage. Si un prédateur passe en dessous, il ne le verra pas. Un ventre noir pourrait donc rendre l’animal plus visible. Quoi qu’il en soit, le manchot royal observé semble bien se débrouiller parmi ses congénères. M.B.

L’Arctique pourrait-il être libre de la glace dans quelques années ?

Moins il y a de glace de mer, moins le rayonnement solaire est réfléchi vers l’espace. Au lieu de cela, l’océan plus sombre absorbe la lumière du soleil, ce qui a pour effet de réchauffer davantage l’eau et d’accélérer la fonte de la glace de mer restante – un cycle qui s’auto-renforce. Photo : Julia Hager

Une nouvelle étude publiée dans Nature Communications le 3 décembre avertit que l’Arctique pourrait connaître son premier jour d’été sans glace dès 2027. Toutefois, parmi les centaines de simulations informatiques réalisées par les auteures de l’étude, Céline Heuzé de l’Université de Göteborg et Alexandra Jahn de l’Université du Colorado à Boulder, ce scénario représente l’issue la plus extrême.

La probabilité la plus élevée pour le premier jour d’été sans glace se situe entre 2030 et 2043. Les chercheuses ont constaté que ces premières périodes d’absence de glace sont liées à des périodes de perte de glace rapide dues à des températures exceptionnellement chaudes au cours de l’hiver et du printemps précédents.

L’océan Arctique est considéré comme libre de glace lorsque l’étendue de la glace de mer est inférieure à un million de kilomètres carrés. En septembre de cette année, la couverture minimale de glace était de 4,28 millions de kilomètres carrés, ce qui est nettement inférieur à la moyenne de 6,85 millions de kilomètres carrés enregistrée entre 1979 et 1992.

Une diminution aussi spectaculaire de la glace de mer aurait des conséquences considérables. Avec moins de glace de mer, la lumière du soleil serait absorbée par la surface plus sombre de l’océan au lieu d’être réfléchie dans l’espace, ce qui provoquerait une hausse des températures dans l’Arctique et dans le reste du monde. En outre, les changements dans la configuration des vents et des courants océaniques pourraient déclencher des phénomènes météorologiques plus extrêmes dans le monde entier.

« Toute réduction des émissions contribuerait à préserver la glace de mer », déclare Alexandra Jahn, professeure associée au département des sciences atmosphériques et océaniques et membre de l’Institut de recherche arctique et alpine de l’Université du Colorado à Boulder. J.H.

Lien vers l’étude : Heuzé, C., Jahn, A. The first ice-free day in the Arctic Ocean could occur before 2030. Nat Commun 15, 10101 (2024). https://doi.org/10.1038/s41467-024-54508-3

La Norvège interrompt les forages dans l’océan Arctique

Depuis de nombreuses années, la Norvège effectue des forages pétroliers en mer. Ces forages sont principalement effectués dans la mer du Nord, à l'ouest du pays, mais aussi plus au nord, dans l'océan Arctique. Cette photo montre l'une de ses nombreuses plates-formes pétrolières, le Transocean Spitsbergen.   Photo: Wikimedia Commons
Depuis de nombreuses années, la Norvège effectue des forages pétroliers en mer. Ces forages sont principalement effectués dans la mer du Nord, à l’ouest du pays, mais aussi plus au nord, dans l’océan Arctique. Cette photo montre l’une de ses nombreuses plates-formes pétrolières, le Transocean Spitsbergen. Photo: Wikimedia Commons

En janvier, la Norvège a suscité l’indignation des partisans d’un océan Arctique propre. Son gouvernement avait décidé d’étendre ses opérations de forage pétrolier et gazier, notamment dans les zones de la mer de Barents, au nord-est du pays.

La semaine dernière, cependant, les opposants à l’extension se sont réjouis. Le gouvernement a annoncé que, pour l’instant, son projet ne serait pas mis en œuvre. Ce changement de plan a été provoqué par le petit parti de la gauche socialiste. Ce parti, qui joue un rôle essentiel dans le maintien au pouvoir des gouvernements de centre-gauche, avait menacé de voter contre le budget de l’État pour 2025.

Mais ce n’est qu’un soupir de soulagement temporaire pour les défenseurs de l’environnement. La décision du gouvernement était d’ordre pratique et non moral. Les projets restent sur la table, bien qu’ils soient désormais suspendus pour au moins un an. Comme l’a déclaré le premier ministre norvégien Jonas Gahr Stoere, du parti travailliste, à la chaîne de télévision norvégienne TV2:

« Il s’agit d’un report. » O.E.

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