Rétrospective polaire – Un président du pôle Sud, un discours du Nouvel An au Groenland et de très vieilles baleines franches
La rétrospective polaire se penche sur les événements récents survenus dans les régions polaires du monde. Nous commençons la nouvelle année avec un président chilien en expédition, un discours du Nouvel An qui pourrait s’avérer plus important que d’habitude, et de bonnes nouvelles sur la durée de vie des baleines franches australes.
La Rétrospective Polaire est un effort de collaboration de l’équipe de Polar Journal AG. Chaque auteur choisit un sujet qu’il a trouvé intéressant et important au cours de la semaine écoulée. Les initiales à la fin de chaque section indiquent l’auteur.
Premier chef d’État sud-américain à se rendre officiellement au pôle Sud
Le 3 janvier, Gabriel Boric, président de la République du Chili, est devenu le troisième chef de gouvernement à se rendre au pôle Sud géographique, après Helen Clark, ancienne première ministre de Nouvelle-Zélande, et Jens Stoltenberg, ancien premier ministre de Norvège. [Et le second chef d’Etat en fonction après S.A.S. le Prince Albert II ; mise à jour par la rédaction le 16/01/2025]
« Certains suggèrent que les ressources minérales pourraient être exploitées en Antarctique, par exemple, ou que d’autres types d’industrie pourraient être déréglementés. Au Chili, pays antarctique par vocation et par excellence, nous disons non », a annoncé le président chilien sur TVN. « L’Antarctique est et restera un continent de science et de paix, et le Chili confirme sa revendication souveraine sur le territoire antarctique. »
La mission, baptisée Estrella Polar III, souligne l’ambition du pays d’accroître ses capacités logistiques en Antarctique. L’armée de l’air chilienne a manœuvré deux avions Twin Otter et deux hélicoptères Black Hawk – permettant au passage à Natalia Henriquez de devenir la première pilote chilienne à rejoindre le pôle Sud. Le convoi n’a fait escale que sur des stations chiliennes – Frei et Union Glacier – avant de rejoindre la station états-unienne Amundsen-Scott.
Le directeur de l’institut chilien de recherche polaire Milenio Base, Elie Poulin rappelle à cette occasion que « Union Glacier est la station chilienne la plus au sud », « l’une des rares à être positionnée à l’intérieur du continent ». « Dans cette zone, les glaces sont d’une nature propice à l’atterrissage des avions. » Elie Poulin, explique également que « le Chili augmente ses investissements dans la recherche scientifique de manière significative ces dernières années avec une logistique plus complexe et plus avancée pour développer ses expéditions scientifiques. » C.L.
Le premier ministre du Groenland annonce des mesures en faveur de l’indépendance dans son discours du Nouvel An
Le 1er janvier, comme le veut la tradition, le premier ministre du Groenland, Múte B. Egede, a prononcé son discours annuel du Nouvel An. Mais cette année, le discours a fait couler plus d’encre que d’habitude. Múte B. Egede y a annoncé que le Groenland, au cours de l’année à venir, s’efforcerait d’obtenir une plus grande indépendance vis-à-vis du Danemark.
Dans son discours, le premier ministre a dénoncé les « entraves de l’époque coloniale » qui subsistent et le fait que la relation entre le Groenland et le Danemark n’a pas réussi à devenir pleinement égalitaire. Le pays arctique devrait plutôt commencer à chercher d’autres partenaires.
Le nouvel aéroport de Nuuk, qui vient d’ouvrir en décembre, jouera un rôle essentiel à cet égard, a-t-il déclaré. Désormais, les visiteurs peuvent se rendre plus facilement au Groenland sans devoir passer par Copenhague.
Reste à savoir si ces nouvelles coopérations incluront les États-Unis. L’administration Trump en place s’est montrée très intéressée par le contrôle du Groenland, et Donald Trump Jr. est en visite dans le pays, prétendument pour des raisons privées. Plus d’informations à ce sujet ces prochains jours dans Polar Journal AG. O.E.
Les baleines à fanons vivent plus longtemps que prévu
De nouvelles recherches révèlent que les baleines franches australes peuvent vivre beaucoup plus longtemps qu’on ne le pensait. Selon une étude internationale publiée dans la revue Science en décembre 2024, certains individus dépassent les 130 ans, et quelques-uns vivent potentiellement jusqu’à 150 ans, soit près de deux fois plus longtemps que les 70 à 80 ans précédemment estimés.
En revanche, les baleines franches de l’Atlantique Nord, dont la population s’est réduite à moins de 400 individus, ont une durée de vie moyenne de 22 ans seulement, 10 % d’entre elles seulement vivant au-delà de 50 ans. Ces différences frappantes ne sont pas liées à leur cycle de vie, mais plutôt aux activités humaines, telles que les collisions avec les navires et l’enchevêtrement dans les engins de pêche.
L’étude a utilisé des décennies de données d’identification photographique, documentant les baleines individuelles pour calculer leur durée de vie à l’aide de ce que l’on appelle les courbes de survie. Cette méthode indique que les baleines franches australes pourraient atteindre une durée de vie similaire à celle des baleines boréales, dont on sait qu’elles peuvent vivre plus de 200 ans.
On pense également que d’autres grandes espèces de baleines, telles que la baleine bleue et la baleine à bosse, pourraient avoir une durée de vie beaucoup plus longue qu’on ne le pensait auparavant. Cependant, la chasse industrielle à grande échelle du XXe siècle a éradiqué de nombreux individus plus âgés, ce qui fait que les chercheurs ne disposent pas de données suffisantes pour déterminer avec précision leur durée de vie maximale.
Les résultats soulignent l’importance cruciale d’une longue espérance de vie pour la reproduction et la survie des baleines à fanons, qui se reproduisent lentement et dépendent d’une longue espérance de vie pour maintenir leurs populations. Des mesures de conservation ciblées sont donc indispensables pour protéger ces géants marins.
Toutefois, les chercheurs préviennent que ces efforts pourraient ne pas suffire à sauver les baleines franches de l’Atlantique Nord de l’extinction. Même avec une population croissante, les mesures de conservation actuelles sont insuffisantes pour prévenir les décès prématurés de ces baleines gravement menacées. J.H.
Lien vers l’étude : Greg A. Breed et al. ,Extreme longevity may be the rule not the exception in Balaenid whales.Sci. Adv.10,eadq3086(2024).DOI:10.1126/sciadv.adq3086
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