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Snow Cruiser – le plus grand fiasco de la recherche antarctique

Heiner Kubny 5 juillet 2026 | Antarctique, expéditions, Histoire
Le «Snow Cruiser» a été conçu comme un véhicule tout-terrain pour la glace et la neige. Un avion était fixé sur son toit afin d’étendre les possibilités d’exploration scientifique.

Le «Snow Cruiser» était un immense véhicule destiné à l’exploration de l’Antarctique. Il ne devait pas seulement servir de moyen de transport, mais aussi de station de recherche mobile, avec des espaces de vie et de travail intégrés pour son équipage. Un avion était installé sur le toit du véhicule et pouvait être mis en service en cas de besoin.

Le projet, dirigé par le Dr Thomas C. Poulter et l’amiral Richard Evelyn Byrd, se solda par un échec retentissant. Dans la pratique, le «Snow Cruiser» n’était même pas capable de franchir de petites irrégularités du terrain. Les concepteurs n’avaient tout simplement pas réussi à simuler correctement aux États-Unis les conditions climatiques extrêmes de l’Antarctique. Le véhicule fut finalement abandonné.

L’intérêt pour le «Snow Cruiser» était immense – tout comme ses dimensions. Il mesurait 15,4 mètres de long, 4,4 mètres de haut et 5,25 mètres de large. Avec un poids de 34 tonnes, son autonomie théorique était de 8 000 kilomètres.

Historique de sa création

Le 29 avril 1939, Poulter et la «Research Foundation» de l’Armor Institute of Technology présentèrent les plans du véhicule aux autorités à Washington. La fondation devait financer le projet, superviser sa construction et prêter le véhicule au «United States Antarctic Service».

La construction débuta le 8 août 1939 et dura onze semaines. Le 24 octobre 1939, le véhicule fut mis en marche pour la première fois dans les ateliers de la Pullman Company, au sud de Chicago, avant d’entreprendre les 1 640 kilomètres qui le séparaient du chantier naval militaire de Boston. Durant le trajet, un problème de direction endommagée provoqua la sortie de route du véhicule, qui tomba d’un petit pont sur la Lincoln Highway dans un ruisseau, où il resta immobilisé pendant trois jours. Après son arrivée à Boston, il quitta le port le 15 novembre 1939 à bord du navire «North Star» à destination de l’Antarctique.

Le «Snow Cruiser» fut expédié de Boston vers l’Antarctique.

Le 12 janvier 1940, le «North Star» atteignit la station américaine «Little America» dans la Bay of Whales. Pour décharger le véhicule, il fallut construire une rampe en bois. L’équipage applaudit lorsque Poulter fit descendre le véhicule de la rampe.

Mais le poids du «Snow Cruiser» avait été sous-estimé. La rampe céda sous la charge et l’une des roues passa à travers. L’enthousiasme retomba lorsque l’on constata que le véhicule ne pouvait pratiquement pas avancer sur la neige et la glace. Ses pneus lisses, sans profil, n’offraient aucune adhérence et patinaient.

La rampe de déchargement du «North Star» vers la glace ne résista pas au poids du «Snow Cruiser».

Une autre exigence du cahier des charges était la capacité à franchir des crevasses glaciaires de cinq mètres de large. Le «Snow Cruiser» échoua également sur ce point. Il s’enfonçait dans la neige et peinait à démarrer même sur de faibles pentes.

Malgré diverses modifications, les performances ne s’améliorèrent pas. L’équipage fixa les deux roues de secours aux roues avant et installa des chaînes sur les roues arrière, sans succès. On constata plus tard que les pneus offraient une meilleure traction en marche arrière. Le trajet le plus long du véhicule fut de 148 kilomètres – parcourus entièrement en marche arrière.

L’ajout des roues de secours en jumelage sur l’essieu avant et l’installation de chaînes n’apportèrent pas les résultats espérés.

Le 24 janvier 1940, Poulter retourna aux États-Unis et confia la direction de l’équipe à F. Alton Wade. Le «Snow Cruiser» fut alors transformé en installation fixe. Les scientifiques y réalisèrent des expériences sismologiques, des mesures du rayonnement cosmique et des prélèvements de carottes de glace, tout en vivant à bord du véhicule recouvert de neige et de planches. Le financement du projet fut interrompu lorsque les priorités américaines se tournèrent vers la Seconde Guerre mondiale. Le projet fut abandonné et le « Snow Cruiser » laissé sur place en Antarctique.

Après tous ces échecs et l’arrêt du financement, le «Snow Cruiser» fut abandonné sur le continent antarctique.

Redécouverte et destin final

Lors de l’Operation Highjump à la fin de 1946, une équipe retrouva le véhicule et constata qu’il suffisait de regonfler les pneus et d’effectuer un peu de maintenance pour le remettre en état. En 1958, une expédition internationale redécouvrit le «Snow Cruiser» à l’aide d’un bulldozer. Il était recouvert de plusieurs mètres de neige, mais un long bambou indiquait encore son emplacement. Les explorateurs réussirent à le dégager jusqu’au bas des roues et purent ainsi mesurer précisément l’accumulation de neige depuis son abandon. À l’intérieur, tout était resté en l’état: des papiers, des magazines et des cigarettes jonchaient encore le sol.

Les expéditions ultérieures ne retrouvèrent aucune trace du véhicule. Certaines spéculations non fondées ont suggéré qu’il aurait pu être récupéré par l’Union soviétique pendant la guerre froide.

Près de 90 ans plus tard, nul ne sait toujours où se trouve le «Snow Cruiser». Il pourrait être enfoui sous une épaisse couche de glace ou avoir dérivé avec une plateforme glaciaire avant de sombrer au fond de l’océan.

Les Soviétiques eurent bien plus de succès avec leur transporteur longue distance. Ces véhicules étaient plus légers et utilisaient des chenilles, dont la surface de contact plus importante empêchait l’enfoncement dans la neige et la glace.

Le véhicule soviétique de traction

Avec la «Kharkovchanka» (en russe : «Charkowtschanka»), la recherche antarctique soviétique utilisa dès les années 1950 un véhicule comparable au «Snow Cruiser», conçu lui aussi pour les transports de longue distance en Antarctique et intégrant des espaces de vie et de travail. Contrairement au «Snow Cruiser», la Kharkovchanka était nettement plus compacte et reposait sur un châssis éprouvé de véhicule de série, ce qui contribua largement à son succès.

Heiner Kubny, PolarJournal

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