Stérilisation forcée, des Groenlandaises exigent d’être indemnisées
Un groupe de 67 femmes groenlandaises, qui s’étaient vues poser un stérilet sans leur consentement, réclame un versement de 40 000 euros chacune au gouvernement danois à titre d’indemnisation.
Entre 1965 et 1975, des milliers de femmes et de jeunes filles inuit du Groenland se sont vues poser un stérilet sans leur consentement ou celui de leurs parents, voire parfois sans même avoir été averties de cette démarche.
Cette pratique visait à contrôler la natalité sur l’île. On estime à 4 500 le nombre de femmes et d’adolescentes à avoir subi cette contraception forcée, soit la moitié des femmes en âge de procréer de l’île. Les plus jeunes avaient seulement treize ans au moment des faits.
Le scandale avait éclaté en 2022, notamment avec le témoignage de Naja Lyberth dans les pages du magazine groenlandais Arnanut où elle racontait comment, alors qu’elle n’avait que 14 ans, elle et ses camarades de classe avaient été envoyées à l’hôpital pour la pose d’un stérilet. Sans y consentir et sans que ses parents n’en soient informés. Aujourd’hui âgée de 60 ans, cette psychologue établie à Nuuk exige une compensation financière au gouvernement danois. Elle est rejointe par 66 autres femmes qui ont envoyé le 2 octobre dernier une lettre à la Première ministre danoise, Mette Frederiksen. Elles réclament un montant de 300 000 DKK (environ 40 000 euros) pour chacun d’entre elles à titre de réparation du préjudice subi, soit un total de plus de 20 millions DKK (plus de 2,5 millions d’euros). A défaut, une action en justice pourrait être lancée.
Une commission d’enquête, mise en place par les gouvernements groenlandais et danois, s’est saisie de l’affaire en mai dernier, mais ne devrait pas rendre ses conclusions avant 2025. C’est beaucoup trop long pour les femmes : « Nous ne voulons pas attendre les résultats de l’enquête », a récemment déclaré Mme Lyberth à l’AFP. « Nous vieillissons, les plus âgées d’entre nous, qui ont eu stérilet dans les années 60, sont nées dans les années 40 et approchent des 80 ans. Nous voulons agir maintenant. »
Selon les estimations du gouvernement du Groenland, à la fin de l’année 1969, soit à peine quatre ans après le début du programme, 35% des femmes en âge de procréer auraient été équipées d’un dispositif intra-utérin (DIU). Les stérilets étaient posés par des médecins danois, dans le cadre d’un projet de réduction de la natalité de l’île dirigé par le gouvernement danois alors même que le Groenland avait cessé d’être une colonie du Danemark en 1953.
Si la pratique est supposée avoir pris fin dans les années 1970, la réalité tend à prouver que la pose de stérilet sans le consentement de la patiente a perduré au-delà. Une jeune femme déclarait ainsi récemment à la BBC qu’un contraceptif lui avait été injecté en 2014 sans son consentement.
La pose d’un stérilet, ou l’administration de tout autre moyen de contraception, sans le consentement de la patiente, ou de ses représentants légaux si elle est mineure, est une pratique parfaitement illégale et constitue une violation des droits humains fondamentaux.
En plus des conséquences sur la santé mentale, les stérilets posés ont eu dans certains cas d’importantes répercussions sur la santé et la fertilité, allant parfois jusqu’à l’ablation de l’utérus. Le suivi médical, pourtant nécessaire dans le cadre de ce type de contraception, était lacunaire. Douleurs abdominales, infections, troubles de la fertilité sont devenus le lot de nombreuses femmes. En outre, certaines jeunes femmes et adolescentes se sont retrouvées avec des stérilets normalement destinées à des femmes adultes ayant déjà accouché. Ces dispositifs, inadaptés à leur corps, ont entraîné de violentes douleurs dont plusieurs d’entre elles se souviennent encore des décennies plus tard.
Cette campagne de stérilisation avait débuté dans les années 1960 avec pour but de diminuer la natalité au Groenland, notamment pour des raisons économiques. Limiter le nombre de naissances c’était limiter le nombre d’enfants dans les garderies, les écoles et les établissements de santé et donc le coût correspondant. La révélation de cette affaire avait suscité l’indignation au sein de la société groenlandaise et à l’international.
Mirjana Binggeli, PolarJournal
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