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Verte Antarctique

Mirjana Binggeli 16. octobre 2024 | Antarctique, Science
Plus de vert que de blanc ? Si le grand continent blanc n’a pas encore changé de couleur, sa péninsule tend à se couvrir de plus en plus de végétation. Avec le réchauffement climatique et l’augmentation des précipitations, les mousses y trouvent en particulier un terrain favorable pour leur développement. Ici, une image de la bien-nommée Green Island, sur la partie ouest de la Terre de Graham. Photo : Matt Amesbury

Une étude publiée récemment montre que la péninsule Antarctique a connu un verdissement important sur les quatre dernières décennies. Une tendance qui devrait se poursuivre, avec des conséquences pour l’écosystème local. 

Les images satellite sont formelles : la péninsule Antarctique verdit à vue d’œil. La couverture végétale a en effet été multipliée par plus de dix en à peine 40 ans, passant d’une surface inférieure à un kilomètre carré de vert en 1986 à 12 kilomètres carrés en 2021. 

Une tendance au verdissement qui a connu une accélération de plus de 30% rien qu’entre 2016 et 2021, avec 400 000 mètres carrés de végétation.

Telles sont les conclusions d’une recherche menée notamment sur des images satellites et publiée dans un article le 4 octobre dernier dans la revue Nature Geoscience. Les observations menées par une équipe de chercheurs des universités d’Exeter et d’Hertfordshire en Grande-Bretagne, ainsi que par le British Antarctic Survey confirment une tendance qui se généralise dans les régions polaires, soit le verdissement de ces zones normalement glacées.

De 1986 (carte de gauche) à la tendance actuelle (carte de droite), les données fournies par les satellites Landsat 5 à 8 montrent clairement un verdissement de la péninsule. Tous les hexagones montrés sur les cartes représentent 5 000 km2 de terrain. Leur couleur renvoie à l’indice de végétation par différence normalisée (NDVI), un indicateur graphique qui permet d’établir s’il y a de la végétation ou non. Plus la couleur est foncée et la valeur élevée, plus la végétation est dense et abondante. Graphique : Thomas P. Roland et al.

En cause, le changement climatique bien évidemment, qui réchauffe l’Antarctique, en particulier la péninsule et la partie ouest du continent, plus vite que le reste du monde et qui entraîne des vagues de chaleur inédites pour la région. À quoi s’ajoutent des précipitations de plus en plus fréquentes, favorables à l’apparition et au développement de mousses. 

Si pour l’heure, le verdissement est principalement le fait de la présence de mousses, il n’en reste pas moins que le monde végétal a trouvé, avec le réchauffement climatique lié aux activités humaines, une porte d’entrée sur un continent dominé par la glace. Une tendance qui devrait se poursuivre et même s’amplifier, notamment par la formation d’un sol favorable à la végétation. « Le sol en Antarctique est généralement pauvre ou inexistant, mais cette augmentation de la vie végétale ajoutera de la matière organique et facilitera la formation du sol – ouvrant potentiellement la voie à la croissance d’autres plantes. », remarque dans un communiqué de presse publié par le BAS le 4 octobre dernier, le Dr Oliver T. Bartlett, co-auteur de l’étude et professeur en télédétection et géographie à l’Université d’Hertfordshire. Les mousses jouent en effet un rôle essentiel dans la constitution sur la surface rocheuse d’un sol fertile pour d’autres espèces végétales, dont des espèces invasives venues de l’extérieur. Un constat inquiétant car si le réchauffement climatique est un problème pour le Grand Sud, l’introduction d’espèces non indigènes au continent via les activités touristiques ou même scientifiques, représente un véritable fléau pour le fragile écosystème antarctique.

Pour les scientifiques, l’enjeu est désormais de comprendre comment les zones déglacées seront colonisées par les plantes et comment ce processus évoluera dans les décennies à venir. « La sensibilité de la végétation de la péninsule Antarctique au changement climatique est maintenant claire et, sous le futur réchauffement anthropique, nous pourrions voir des changements fondamentaux dans la biologie et le paysage de cette région emblématique et vulnérable », remarque dans le même communiqué le Dr Thomas P. Roland, professeur de géographie physique à l’Université d’Exeter et principal auteur de l’étude.  « Nos résultats soulèvent de sérieuses préoccupations quant à l’avenir environnemental de la péninsule Antarctique et du continent dans son ensemble. Afin de protéger l’Antarctique, nous devons comprendre ces changements et identifier précisément ce qui les cause. » Car le processus ne va pas diminuer, loin de là. Depuis les années 1940, 90% des glaciers de la péninsule Antarctique ont perdu de leur masse. Les plus touchés sont en particulier ceux situés à la périphérie du continent.

Le phénomène ne se limite bien évidemment pas à l’Antarctique et à sa péninsule. Partout où les glaciers se retirent et où la glace fond, dévoilant de la roche nue, de la végétation est susceptible d’apparaître et de se développer. Il en va de même dans les mers et les océans, comme c’est le cas en Arctique où les algues prolifèrent à la faveur de la lumière du soleil qui atteint des surfaces d’eau de plus en plus dépourvues de glace de mer.

Même si la zone de verdissement reste limitée et que l’on n’est pas encore près de rebaptiser l’Antarctique le grand continent vert, le problème ira probablement en s’accentuant avec des conséquences encore difficiles à cerner.

Lien vers l’article : Roland, T.P., Bartlett, O.T., Charman, D.J. et al. Sustained greening of the Antarctic Peninsula observed from satellites. Nat. Geosci. (2024). https://doi.org/10.1038/s41561-024-01564-5

Mirjana Binggeli, Polar Journal AG

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